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lundi 26 août 2013

Joriandre Carpe Noctem Chapitre 4

Chapitre 4

Philippe a posé la robe à plat sur le cheval devant la selle pour ne pas trop la froisser et m'a aidée à monter derrière lui. Ensuite nous sommes partis. J’avais mis mes mains autour de sa taille pour me tenir et posé ma joue contre son dos. Puis innocemment, j’ai descendu une de mes mains et je l’ai posée sur son entrejambe. Immédiatement, il réagit à mon toucher.
« Mon amour, si tu continues comme ça, nous n’arriverons jamais à l’endroit que j’ai prévu.
Je me suis mise à rire doucement. J’aimais savoir que je pouvais lui donner envie de moi n’importe où et n’importe quand.
En pleine campagne, il s'est arrêté, a regardé autour de lui et est descendu.
« Il n'y a personne ici. Tiens, enfile cette robe. Nous allons à Versailles. J'ai demandé audience auprès du roi et je suis certain de ne pas rencontrer ma mère aujourd'hui au palais. »
J'ai enlevé mes vêtements et Philippe m'a aidée à enfiler et à fermer ma robe. Elle était vraiment magnifique et m'allait à merveille. Elle avait de longues manches qui se terminaient en pointe sur le dessus de la main, un joli décolleté et elle se laçait dans le dos. Elle était rehaussée de dentelle aux poignets, à la poitrine et dans le bas. Plusieurs tons de rouge s’alternaient et des motifs de fleurs avaient été soigneusement brodés.
Heureusement, je n'avais besoin de personne pour me coiffer. J'ai soigneusement attaché ma chevelure avec les peignes que Catherine avait confiés à Philippe et qui accompagnaient la robe afin que ce soit plus stylé pour paraître à la Cour. Un vieux rêve allait se réaliser pour moi. J'allais enfin voir nos souverains.
« Waow, tu es sublime, Joriandre. Si on avait un peu plus de temps, je m’amuserais bien avec toi. Mais ça attendra un peu. Et voici la dernière touche à ta tenue. »
Il sortit de sa poche un collier en or sur lequel pendait un gros diamant en forme de goutte et me l'attacha autour du cou. Nous avons fait un petit détour par le nord de Versailles, car Philippe avait besoin de la calèche d’un de ses amis. Nous ne pouvions pas arriver au château sur le dos d’un cheval. C’est Pierre qui nous a rejoints chez cet ami pour conduire l’attelage.

Arrivés aux premières grilles du château, Philippe a expliqué au garde que le roi l'attendait et nous sommes rentrés.
Nous avons dû patienter dans une salle immense et quelques minutes plus tard, on nous a conduits auprès du roi. J'avais vraiment l'impression d'être la princesse d'un conte de fée. C’était à la fois excitant et inquiétant. J’avais malgré tout peur de mal me tenir. Et si les souverains s’apercevaient de la supercherie, nous serions en très mauvaise posture.
Face au roi, nous nous sommes inclinés et avons fait la révérence qui était obligatoire vu le rang de la personne face à nous. J’étais très intimidée.
Louis XVI s'approcha de moi, me prit la main et me permit de me relever. J’en ai profité pour le détailler un peu mieux. Il n’était pas très beau et avait un nez assez proéminent. Philippe m'avait prévenue que je ne devais pas parler tant que le roi ne m'adressait pas la parole en premier. Il se tourna vers son chambellan.
« Allez me quérir Madame de Lamballe. »
Il revint quelques minutes plus tard avec une dame d’une trentaine d’années. Le roi reprit la parole.
« Madame, veuillez accompagner cette jeune demoiselle auprès de Sa Majesté la Reine. »

Elle m'a invitée à la suivre. Le palais était vraiment immense, toutes les salles se succédaient les unes après les autres, tant de beauté, tant de magnificence s’offrait à moi. Tous les murs étaient somptueusement ornés de tapisseries, d’or, de moulures, des toiles de maîtres recouvraient les plafonds. J’aurais pu passer des heures le nez en l’air pour admirer toute cette beauté qui m’entourait. Nous avons finalement rejoint la reine et sa cour qui discutaient dans la galerie des Glaces.
J'ai été étonnée de la voir. Je m'attendais à une personne hautaine et fière du style de Madame la Comtesse. Mais non, j'avais face à moi une jeune et jolie femme insouciante et gaie. J'ai eu l’honneur et la chance de faire un peu plus amplement sa connaissance. Elle est venue vers moi et a demandé aux autres dames qui étaient là de s'éloigner car elle voulait s'entretenir avec moi en privé. Elle m'a posé des tas de questions. Elle voulait savoir pourquoi j'étais venue voir le roi. Elle était certaine que c’était la première fois que je venais à Versailles et m’a demandé qui j’étais exactement et pourquoi je ne venais pas plus souvent au palais. Et je lui ai tout raconté, en omettant de lui dire que je n’étais pas noble. Elle avait l'air excitée par mon récit et m'a avoué qu'elle aurait voulu rencontrer quelqu'un qui l'aurait aimée autant que Philippe m'aimait. Elle n'avait pas eu la chance de choisir son époux. Elle m'a complimentée sur le collier que je portais et sur ma tenue.
« Félicitations Mademoiselle Clostaire, vous vous tenez très bien pour une première fois à la Cour.
-    C’est l’homme que j’aime qui m’a tout enseigné, Majesté. C’est un très bon professeur.
-    En tout cas, mignonne et gentille comme vous l'êtes, je suis certaine que sa Majesté mon Epoux vous donnera sa bénédiction. Vous méritez de vivre heureuse. En plus, vous ne pouviez choisir de meilleur parti que le jeune comte de Suresnes. Il y a pas mal de dames de la cour qui ont des vues sur lui. »
Ensuite la reine Marie-Antoinette a proposé de me montrer les jardins et les magnifiques fontaines qui faisaient la renommée de Versailles.

Pendant ce temps, Philippe discutait avec le roi.
« Alors mon cher Comte, quel bon vent vous amène à Versailles ?
-    Je suis venu vous demander une bénédiction, Majesté. Je vous en supplie, permettez-moi d'épouser la jeune fille qui m'accompagnait.
-    Vous n'y pensez pas sérieusement, mon cher Philippe. Ce serait avec joie que nous bénirions votre union avec cette demoiselle mais c'est impossible car nous avons déjà promis à vos parents de bénir votre union avec la charmante Henriette. Cependant, rien ne vous empêche de la prendre comme maîtresse. Nombreux sont ceux qui à la Cour ont plus d'une femme dans leur lit. Ceci dit, il est vrai que votre amie est bien plus exquise qu'Henriette. Nous sommes vraiment navré de ne pouvoir répondre favorablement à votre demande.
Philippe allait protester mais le roi ne lui en laissa pas le temps.
-    Je ne tolèrerai pas de discussion Monsieur le Comte. Maintenant, allons retrouver nos charmantes amies que nous apercevons dans les jardins. »
Philippe est venu me rejoindre avec sa majesté le Roi. Je pouvais à présent vérifier les dires de la reine à propos de mon ami. Toutes les jeunes femmes se retournaient effectivement sur son passage et l’admiraient avec pratiquement de la bave au coin des lèvres. Un soupçon de jalousie émergea dans mon cœur. Je ne supportais plus du tout l’idée qu’il pourrait se choisir une femme plus digne de lui que moi, une femme de la noblesse. Mais lui n’avait pas l’air de les remarquer, je pouvais m’apercevoir qu’il était très préoccupé. Apparemment son entretien ne s’était pas passé comme il l’entendait. Quelques minutes plus tard, il a demandé la permission de se retirer.
De nouveau, nous avons exécuté notre révérence et Marie-Antoinette m'a dit à ce moment qu'elle espérait de tout cœur me revoir un jour.

Nous sommes alors retournés chez Philippe et nous nous sommes installés dans sa chambre pour réfléchir tranquillement aux options qu’il nous restait.
« Et puis flûte ! Je n'ai besoin de la bénédiction de personne. Que dirais-tu de te marier le 2 juin ?  Nous inviterions juste nos amis et nous organiserions une petite fête dans la prairie derrière notre maison. Juste nous et ceux qui nous tiennent le plus à cœur. Pour le mariage idiot que projettent mes parents, nous verrons plus tard. Nous improviserons.»
Je lui ai dit que j'étais d'accord et je lui ai sauté au cou tellement j'étais heureuse. Je l’ai embrassé sur le coin de la bouche, sur les lèvres, puis j’ai glissé ma langue dans sa bouche et j’ai caressé sa langue avec la mienne.
Il m’a regardée avec un air coquin.
« Voilà une bien belle manière de détourner mes pensées, Jori.
Et il traversa la pièce comme un ouragan pour fermer la porte à clé.

Le lendemain matin, un peu avant l’aube, il s’est introduit dans ma chambre sur la pointe des pieds pour ne pas me réveiller et a laissé un mot à côté de moi sur le matelas. Il m'expliquait qu'il serait parti probablement toute la journée avec Maximilien pour organiser notre mariage. Ils devaient trouver un prêtre qui accepterait de nous marier en pleine nature et sans la présence des parents de Philippe. Quelqu’un qui n’aurait pas peur d’affronter leur courroux s’ils venaient à apprendre ce que nous nous apprêtions à faire.

Les jours passèrent et à la fin du mois d’avril, nous avons commencé à prévenir tous nos amis. Nous étions dans la chambre de Philippe et il avait demandé à Catherine de nous rejoindre. Elle est arrivée, munie de son mètre, d'un papier et d'un crayon.
« Assieds-toi, j'ai quelque chose à t’annoncer, lui dit Philippe. Je voudrais que tu couses une robe de mariée.
-    Pas de problèmes. Il suffit que je prenne les mesures d'Henriette.
-    Qu’est-ce que vous avez tous à vouloir me marier à Henriette ? demanda-t-il exaspéré. Tu n'as pas besoin d'Henriette car la future mariée est juste devant toi.
-    Je le savais, j’avais raison ! Je te taquinais, je me doutais bien qu’il se passait quelque chose entre vous » nous lança-t-elle joyeusement.
Elle me prit dans ses bras pour me féliciter. Elle était très heureuse pour nous et me promit la plus belle des robes de mariée. Philippe lui a donné de l'argent pour qu'elle puisse acheter tout le matériel nécessaire et il lui a bien recommandé de ne rien laisser traîner et de tout cacher car ses parents ne devaient se douter de rien.
Nous l'avons invitée à la cérémonie ainsi que François, Pierre et Raphaël. Nous leur avons fait promettre de ne rien dire à personne. Ils trouvaient tous qu'on formait un couple magnifique et étaient très contents pour nous.

Le lendemain, j'ai accompagné Catherine à Paris pour acheter de quoi me fabriquer une robe somptueuse. Nous avons regardé tous les tissus que le marchand proposait. Et finalement Catherine lui a passé une commande de plusieurs mètres de soie blanche et de dentelle. Elle a acheté toutes les petites pièces indispensables à la robe comme de la fine corde blanche, du fil à coudre et bien d'autres choses encore.
Dans l'après-midi, j'ai rendu visite à mon père. Ils étaient très bien installés à la campagne. J'ai invité toute ma famille au mariage. Mon père était très ému. Il m'a dit qu’il était très heureux de vivre à la campagne. L'air pur et de l'espace pour les enfants étaient les choses qu'il avait le plus souhaitées pour sa famille et  Philippe avait réalisé son rêve. C’est vrai que lorsqu'on vivait en ville et qu'on partait s'installer à la campagne, on sentait une différence. Et quand je parle de sentir une différence, je ne veux pas seulement parler du sentiment de liberté et de grands espaces qu’on pouvait éprouver mais bien de sentir avec son nez. Et oui, chers lecteurs, Paris au XVIIIème siècle était plein d'odeurs et bien souvent, elles n'étaient pas des plus agréables. N'oubliez pas qu'on n'avait pas encore inventé les toilettes publiques. Je vous laisse deviner quel genre d'odeurs régnaient en ville avec tous ces gens qui faisaient leur déjection dans les égouts. Les cabinets d’aisance étaient souvent réservés à la noblesse et même quand ils en avaient un, ils arrivaient encore à uriner dans le coin d’une pièce.
J'ai aussi expliqué à mon père que les parents de Philippe ne voulaient rien entendre de ses projets, qu'ils voulaient diriger sa vie et que pour cette bonne raison, ils n'étaient pas au courant de notre mariage. Mon père m'a alors dit que si les parents de mon futur mari ne m'appréciaient pas, c'est qu'ils étaient stupides.
En fait, je crois plutôt qu'ils étaient aveuglés par leur argent et le pouvoir qu'il leur conférait. Ils croyaient pouvoir tout acheter avec de l’or, même leur fils. Mais ils se trompaient.

Le 22 mai, la construction de notre maison était terminée.
C'était une grosse bâtisse avec deux petites tours aux extrémités qui lui donnaient des airs de château. L'intérieur aussi était prêt. Philippe leur avait donné des instructions un peu avant la mi-mai pour la place des meubles et la décoration à laquelle j'avais participé. Il ne nous restait plus qu'à emménager.
Mon compagnon alla donc trouver sa mère et lui annonça qu'il partait habiter dans sa nouvelle maison avec les domestiques qu'il avait choisis. Il prenait avec lui François, Catherine, Pierre et moi aussi bien sûr. Madame la Comtesse ne voulait pas laisser partir ses meilleurs domestiques et elle lui fit savoir. Evidemment, Philippe avait toujours de bonnes réponses en réserve pour sa mère.
« Je vous signale que ce ne sont pas des esclaves, Mère, et ils sont libres de choisir la personne pour laquelle ils vont travailler. Je leur ai posé la question et ils préfèrent m'accompagner. De toute façon, cela ne vous tuera pas d'en chercher des nouveaux. Au moins, pour une fois, vous ferez quelque chose de vos journées. François préparera mes affaires dès aujourd'hui afin de pouvoir emménager demain matin. »
Et il sortit de la pièce en laissant sa mère ruminer toute seule.
Dans l'après-midi, nous avons commencé à déménager les chevaux de Philippe et les miens ainsi que tout l'arsenal qui lui appartenait. Il avait fait construire une écurie derrière notre maison, elle était beaucoup plus petite que celle de ses parents mais nous ne prenions que nos trois chevaux. Nous avons aussi amené dans la maison mes affaires ainsi que celles des autres domestiques car ils passeraient tous la nuit là à l'exception de François qui nous aiderait le lendemain pour les vêtements et les objets personnels de Philippe. J'avais déjà installé toutes mes affaires dans notre future chambre.

Le lendemain matin, comme prévu, nous avons déménagé les derniers objets qui restaient encore au château de Madame la Comtesse. Elle nous surveillait de très près au cas où nous aurions pris quelque chose qu'il ne fallait pas. Notre besogne terminée, Philippe a dit au revoir à sa mère de très loin et nous avons rejoint notre paradis terrestre.

Dans l'après-midi, Maximilien nous a rendu visite. C'était la première fois que je le rencontrais et lui, il voulait connaître l'heureuse élue choisie par son ami. Il en avait marre d’entendre parler de moi sans arrêt et de ne pouvoir mettre un visage sur la petite amie si parfaite de Philippe. Il n'était pas mal du tout, il avait de longs cheveux blonds et des yeux noisette très clairs. Il avait 25 ans mais vivait encore seul. Je trouvais cela étrange étant donné qu'il était mignon et fortuné. Nous avons longuement discuté et nous nous sommes tout de suite entendus. On pouvait parler de tout avec lui et il était le premier à critiquer Marie-Louise, mon implacable future belle-mère. Il m'a expliqué qu'il avait préféré garder son statut de célibataire à cause d'une histoire de mariage arrangé. Faisant aussi partie de la noblesse, il avait refusé d'épouser la fille que ses parents lui avaient destinée et avait utilisé comme prétexte qu'il devait se concentrer énormément sur son travail et qu'il n'avait pas le temps d'aimer quelqu'un. Il était très tard ce soir-là quand il nous a quittés.

Cette nuit-là fut la première que je passais entièrement dans les bras de Philippe. Notre chambre était magnifique. La pièce était immense et au centre trônait un lit à baldaquin recouvert de draps rouge foncé. Les rideaux étaient de la même teinte mais dans un tissu presque transparent. Face au pied du lit, il y avait une cheminée dans laquelle j’aurai pu me tenir debout et à côté de la porte, une commode ravissante décorée et vernie. Quand j’ai franchi la porte, j’hésitais un peu. N’aurais-je pas dû dormir dans une autre chambre en attendant le jour du mariage ? C’est ce que prévoyait la coutume mais Philippe m’a gentiment poussée et a refermé la porte derrière lui.
« Pas question que tu te sauves mon amour. Nous dormons ensemble ce soir et pour toutes les autres nuits de notre vie. Ne te pose pas trop de questions sur ce qui est bien ou pas. On s’aime, c’est le principal et ce que pensent les autres, je m’en fiche. »
Il s’est approché de moi comme un loup s’approche d’un agneau. Il a passé sa main sur mon visage et j’ai tourné ma tête pour lui embrasser la paume. Puis il m’a prise dans ses bras et m’a embrassée avec empressement comme s’il avait attendu ça depuis longtemps. Il jouait avec sa langue dans ma bouche, la faisant aller et venir comme s’il simulait l’acte sexuel. Apparemment il était impatient et j’étais tellement excitée que je voulais qu’il me prenne là, tout de suite. Je voulais le sentir bouger entre mes cuisses le plus profondément possible, le sentir se cogner contre ma paroi tout au fond. Je voulais qu’il me prenne comme un animal. Tout en continuant à m’embrasser, il fit remonter ma robe et glissa ses doigts entre mes jambes.
« Et bien, mon amour, toujours prête à ce que je vois ».
Il glissa deux doigts à l’intérieur de mes plis humides récoltant un gémissement au passage.
-    Je t’en prie Philippe, prends-moi maintenant. Je veux te sentir profondément, bestialement d’abord. »
Je me suis libérée de son étreinte et me suis dirigée vers le lit. J’ai relevé ma robe jusqu’à la taille et je me suis penchée en tenant un des piliers du baldaquin. Une lueur malicieuse fit briller les yeux de Philippe. Il déboutonna son pantalon sans même se donner la peine de l’enlever, et à ce que j’apercevais aussi, il était plus que prêt pour moi. Il s’est rapidement approché de moi et avant que j’aie le temps de dire quoi que ce soit, il s’est enfoncé en moi d’un puissant coup de reins m’arrachant un petit cri de plaisir. Il attendit un instant savourant sa présence à l’intérieur de mon corps puis il commença à bouger. Il avait attrapé mes cheveux et tirait dessus à chaque fois qu’il me pénétrait. Il se retirait doucement et revenait puissamment en moi. Il prenait tout son temps.
Il glissa sa deuxième main sur le devant de ma cuisse et atteignit le bouton de mon plaisir. Je n’ai pas pu résister très longtemps à ce rythme-là et le cri de ma jouissance se répercuta dans la chambre. Des spasmes secouaient toujours mon corps quand Philippe m’a rejointe dans l’orgasme se déversant en moi. Heureusement qu’il me soutenait avec son bras car je crois que j’aurais pu me laisser tomber sur le sol tellement j’en avais les jambes qui tremblaient. Il m’a soulevée et m’a déposée gentiment sur le lit en m’embrassant. Il a fini de se déshabiller, puis m’a regardée avec son sourire charmeur.
« Enlève tes vêtements mon amour. Si dans dix minutes tu n’es pas déshabillée, je te les arrache pour la deuxième manche ! »
J’adorais son petit côté parfois un peu animal mais il se montra très doux, gentil et attentionné pour le deuxième round.

Le jour du mariage approchait à grands pas. Nous ne verrions certainement pas ses parents ce jour-là car ils devaient passer toute la journée à Versailles sur invitation du roi. Philippe avait bien choisi la date en fonction de leur emploi du temps.

Le 2 juin arriva enfin. Le prêtre devait arriver à midi pour célébrer son office. Il était à peine 11 heures et j'étais déjà habillée, maquillée et coiffée. Catherine avait fait des merveilles avec la robe. Le bustier était fermé par devant avec des lacets et offrait un décolleté raisonnable. Il  était échancré jusqu’à la moitié de mon dos et était décoré de perles, de dentelles et de broderies. Les manches étaient courtes, ce qui était très bien car par chance le temps était ensoleillé et chaud.
La jupe comme à l'époque était bouffante et était ornée de volants de soie et de dentelle. Elle avait fabriqué une sorte de serre-tête avec des petites fleurs blanches et elle y avait attaché le voile qui faisait environ 2 mètres de long.
François et Pierre avaient préparé la décoration. Dans la grande prairie derrière la maison, ils avaient installé des tables en demi-cercle pour la réception et un peu plus loin, ils avaient fabriqué un autel pour le prêtre avec des chaises pour pouvoir accueillir tout le monde. Nous étions 18 au total. Ma famille, Pierre, François, Catherine, Raphaël, Max (c'est souvent comme ça qu'on appelait Maximilien), Hadrien et le curé évidemment.
Cela faisait déjà une demi-heure que j'attendais dans ma chambre. J'étais tellement nerveuse que je n'arrêtais pas de tourner en rond. Pas moyen de tenir en place. Ce n'est pas tous les jours qu'on se marie. En plus, cela ne se produit généralement qu'une seule fois dans la vie. Je sais que ce n'est plus le cas maintenant mais à l'époque il y avait beaucoup moins de divorces.
Je n’arrivais pas à croire que Philippe et moi serions ensembles pour toute la vie. Un vrai conte de fées, mon rêve le plus cher allait enfin se réaliser. Passer une vie entière aux côtés de l’homme que j’aime plus que tout au monde, pour lequel je serais prête à sacrifier ma vie s’il le fallait, et auquel je souhaitais plus que tout donner une nombreuse descendance.

A midi tapante, le prêtre est arrivé et la cérémonie a pu commencer. Tout l'office était en latin. Heureusement que Philippe m'avait appris la plupart des choses qu'on pouvait dire pendant la messe. Quand il m'a passé mon alliance au doigt, j'ai été émerveillée. Je pensais avoir un anneau en or très simple, ce qui était déjà très bien car peu de personnes en portaient vu leur pauvreté. Imaginez-vous ma surprise lorsqu'il m'a mis au doigt un anneau de diamants. Il m'a tendu pour lui un anneau mais uniquement en or. Et voilà, nous étions mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu'à ce que la mort nous sépare.
Le repas s'est déroulé dans la gaieté. Il y avait plein de victuailles et à volonté : oies, poulardes, coqs, lièvres, salades, pains… Les enfants étaient émerveillés devant tant de nourriture. Ils ne savaient pas par où commencer.
Tout le monde est reparti vers 17 heures, à part les domestiques de mon époux bien sûr. Il m'a dit que j'étais leur maîtresse aussi désormais, mais je ne parvenais pas à leur donner des ordres. Je trouvais cela stupide alors que nous étions amis.
J’avais envie de prendre l'air à l'écart de tout, alors nous nous sommes promenés main dans la main au milieu des fleurs de la prairie. Nous nous dirigions tranquillement vers la maison quand soudain Philippe s'est tourné vers moi avec un regard malicieux et m'a soulevée de terre. Il me tenait dans ses bras et courait pour atteindre notre demeure au plus vite. Heureusement que j’avais enlevé mon voile depuis un long moment car il aurait marché dessus. Je ne pouvais pas m'arrêter de crier tellement j'avais peur qu'il me laisse tomber. Arrivés à la porte, il a ralenti et m'a fait passer délicatement son seuil.
« Te voici chez toi, mon amour. Tu ne peux pas t'imaginer à quel point je suis heureux. »
Il m'embrassa et me conduisit dans notre chambre, au premier étage. Là, il s'est  décidé à me reposer par terre. Il s'est retourné et a fermé la porte à clé.
« Comme ça, on pourra être tranquille car je pense que je vais en avoir pour un bon bout de temps à te prouver comme je t’aime. »
Il est venu vers moi et m'a enlacée tendrement. Ensuite ses mains se sont dirigées vers ma poitrine et il a défait les lacets qui tenaient mon bustier. Ses lèvres chaudes se promenaient entre mon cou et mes seins et des frissons me parcouraient tout le corps. Il a pris ma tête entre ses mains et m’a embrassée passionnément. Sa langue s’est glissée entre mes lèvres et il m’a fait reculer lentement jusqu’à ce que l’arrière de mes jambes touche le lit et il m’a délicatement poussée. Je me suis retrouvée allongée sur le lit avec ma robe remontée et Philippe entre mes jambes. Il était parfois doux et attentif et d’autre fois un peu brute et sauvage mais il me donnait toujours mon plaisir d’abord avant de prendre le sien. J’aurais pu passer l'éternité avec lui dans un lit.
J'étais au comble du bonheur et j'aurais voulu qu'il dure toute la vie.

Après quelques ébats torrides, nous étions allongés l'un contre l'autre et je lui caressais la poitrine lorsque quelqu'un est venu frapper à la porte.
« Philippe, c'est votre mère. Ouvrez la porte ! »
Super ! Même si nous n'étions plus dans sa maison, elle continuait à nous embêter. Nous nous sommes rhabillés en quatrième vitesse et je me suis cachée dans la petite pièce attenante qui servait de placard à linges. J'ai emmené avec moi la robe de mariée et les vêtements de cérémonie de Philippe. Il a vite enfilé un pantalon et a attendu que j'aie bien refermé la porte derrière moi pour ouvrir à sa mère.
« Eh bien mon fils, vous en mettez du temps à ouvrir. Et depuis quand fermez-vous votre porte à clé ?
-    Depuis que j’ai envie de me reposer tranquillement sans qu'on vienne me déranger. Mais évidemment avec vous dans les parages, c'est impossible. »
J'avais collé mon oreille à la porte pour entendre leur conversation.
« Mon cher Philippe, qu'est-ce donc tout ce désordre dans le pré qui côtoie votre demeure ?
-    Rien du tout, Mère. J'ai organisé une petite fête pour célébrer mon arrivée dans cette charmante bâtisse.
-    Mon cher enfant, vous auriez pu au moins penser à inviter vos parents.
-    Malheureusement, Mère, si je vous avais invité, ce serait devenu un cauchemar et non une fête.
Elle prit un air offusqué mais continua quand même.
-    Enfin, peu importe. Si vous saviez à quel point je suis contente. J'arrive à l'instant de Versailles. Votre future épouse est vraiment charmante et elle me disait encore tout à l'heure à quel point elle était heureuse d'épouser un bel homme comme vous.
-    Lui avez-vous aussi dit, Mère, à quel point il m'est impossible de marier un laideron comme elle et stupide par dessus le marché.
-    Cessez vos enfantillages Philippe et allez au moins lui rendre une petite visite de courtoisie.
-    Si c'est là tout ce que vous aviez à me dire, Mère, vous pouvez disposer. J'ai entendu assez de niaiseries pour aujourd'hui. Vous réussiriez presque à me gâcher la journée. »
Elle sortit comme d'habitude furieuse contre son fils. Je pouvais entendre son pas lourd et pressé dans les escaliers.
Philippe a ouvert la porte derrière laquelle je me trouvais.
«  Ce n'est pas beau d'écouter aux portes. »
Il s'est mis à rire et m'a serrée dans ses bras.
« Est-ce que tu sais que ta mère est une vraie casse-pieds ?
-    Et « casse-pieds » est un petit mot, chérie. Mais ne parlons pas d'elle, veux-tu ? Elle me rendrait malade. »

Après le souper, nous sommes de nouveau sortis pour admirer notre propriété. Nous étions assis au pied d'un arbre sur une petite colline et nous observions notre maison qui paraissait si petite vue de loin.
J'avais posé ma tête sur son épaule et nous regardions le coucher du soleil. C'était magnifique de voir toutes ces couleurs éclatantes qui devenaient peu à peu plus sombres. Je me disais que la vie était merveilleuse.
J'avais le meilleur des maris et tout ce qui m'entourait était si beau, si enchanteur. J'étais au paradis.
Quand nous nous sommes enfin décidés à rentrer, il faisait nuit noire.

Je me suis levée à l'aube comme d'habitude et j'ai préparé le petit déjeuner de Philippe. Je me suis pratiquement fait gronder par Catherine car c’était à elle que revenait la tâche dorénavant de préparer nos repas. J’étais gênée de me faire servir par des gens que je considérais comme des amis. Vers 10 heures, un homme est arrivé et a demandé à voir Monsieur le Comte. A ce moment, je me suis vraiment aperçue que par alliance, j'étais devenue comtesse. Evidemment cela ne changeait rien pour moi. J'étais et je resterais toujours Joriandre. Les titres de noblesse ne m'ont jamais vraiment intéressée. Mais j’avais beaucoup de mal à m’y faire.
Ce monsieur était peintre et Philippe l'avait engagé pour faire notre portrait de mariage. Il voulait un souvenir de la journée où j’avais accepté d’être sa femme. Je suis donc allée mettre ma robe de mariée avec l'aide de Catherine pendant que François s'occupait d'habiller mon mari. Nous nous sommes ensuite rejoints dans la prairie où le décor floral de la veille nous attendait encore. Le temps était superbe, très ensoleillé.
C'était fatiguant de rester une journée complète sans bouger. Par chance, la pose était agréable. Nous étions debout l'un contre l'autre et il tenait mes mains dans les siennes. Le montage de fleurs que François et Pierre avaient réalisé nous encadrait et en arrière plan, l'artiste avait dessiné notre demeure. Vers 18 heures, le peintre est parti avec la toile pour pouvoir la terminer dans les plus brefs délais. Il nous promit de la ramener dans un mois environ car il avait encore pas mal de travail à effectuer dessus et vu ce que Philippe l’avait payé, il voulait que ce soit le plus beau des tableaux qu'il ait jamais peints. Et c'est vrai qu'il était magnifique. Dès qu'il l'a apporté à la fin du mois de juin, nous l'avons placé dans notre chambre. Un artisan avait fabriqué un cadre en bois avec des petits dessins gravés dessus. Il avait tout recouvert de dorure et dans le bas du cadre, une plaque de cuivre indiquait :

    Joriandre et  Philippe
         2 juin 1780. 

C'est vrai que vus comme ça et sans me vanter, nous formions un couple ravissant et bien assorti. Tout le monde le disait.
Notre bonheur était à son paroxysme. Nous avions construit autour de nous une sorte de paradis terrestre. Quand ce n’était pas moi qui lui prouvais tout mon amour, c’était lui qui m’embrassait, me disait qu’il m’aimait. J’étais perpétuellement enveloppée par notre amour. Nous vivions dans un vrai cocon et espérions y rester à l’abri du mal qui rôdait parfois dans les environs sous les traits de Marie-Louise.

Au début du mois de juillet, le roi a pris Philippe dans sa garde et il travaillait le plus souvent avec son oncle Hadrien.
Il adorait travailler pour le roi. En plus, il ne supportait pas de rester inactif alors ça l'occupait un peu.

L'hiver arriva et passa très vite. Quand il était à la maison, nous passions une grosse partie de notre temps sous les couvertures. Il faut dire qu'il faisait froid et que les chauffages de l'époque ne valaient pas grand chose par rapport à maintenant. Alors nous fabriquions de l'énergie comme nous pouvions. Nous avons passé aussi pas mal d’heures allongés en face de la cheminée sur des peaux de moutons. Nous n’avons pas vu Madame la Comtesse une seule fois pendant l'hiver. Elle aussi préférait rester chez elle et franchement nous ne nous en plaignions pas.

Alors que le soleil revenait petit à petit avec le printemps, ma chère belle-maman est venue rendre visite à son fils. Malheureusement pour elle, il travaillait toute la journée au palais. François l'a accueillie et lui a expliqué où elle pourrait le trouver mais elle voulait à tout prix déposer un petit mot dans sa chambre. Elle n'avait soi-disant pas le temps d'aller jusqu’à Versailles. Elle s'est dirigée vers la porte et a essayé de l'ouvrir mais elle était fermée à clé. J'avais pris l'habitude de toujours fermer quand je n'étais pas dans la pièce pour éviter que Marie-Louise ne tombe sur le portrait. Je savais que mes efforts seraient récompensés un jour. Elle a alors ordonné à François d'ouvrir et il lui a dit que j'étais la seule à posséder la clé.
Il est venu me chercher en courant car Madame la Comtesse piquait sa petite crise d'hystérie. Elle trouvait cela impensable de l'empêcher d'accéder à la chambre de son fils.
Je n'ai même pas eu droit à un bonjour quand je suis arrivée près d'elle cinq minutes plus tard.
« Dépêchez-vous d'ouvrir cette porte. Je n'ai pas que cela à faire ! » me lança-t-elle d’un air menaçant.
Je l'ai regardée droit dans les yeux avec un petit sourire arrogant aux coins des lèvres.
« De un, on dit s'il vous plaît quand on est polie et de deux, je ne vous ouvrirai pas cette porte tant que je n'aurai pas reçu l'autorisation du maître de ces lieux.
-    Petite effrontée, est-ce que vous oubliez à qui vous parlez ?
-    Pas du tout, mais vous n'avez rien à dire ici et je n'ai pas d'ordres à recevoir de vous. En plus, personne ne me punira comme vous l'avez fait la dernière fois, à moins que vous ne vouliez une autre gifle de votre fils. Je vous conseille donc de partir. Et si vous voulez lui rendre visite, vous n'avez qu'à vous rendre à Versailles. 
Vu sa tête, elle avait du mal à avaler tout ce que je lui disais.
-    Comment osez-vous agir comme la maîtresse de ces lieux? Vous n'êtes rien du tout. Si vous croyez pouvoir attirer mon fils dans vos bras, vous rêvez. Jamais il n'épousera une gueuse comme vous et je ferai tout pour que cela n'arrive jamais. »
Là-dessus, elle sortit en marmonnant entre ses dents. De mon côté, j’essayais tant bien que mal de me calmer car elle avait mis mes nerfs à rude épreuve.
Au moment où elle a mis ses pieds dehors, Catherine qui nettoyait au premier étage a balancé son seau d'eaux sales par la fenêtre. Il aurait pu tomber n'importe où, mais non, il a atterri sur Madame la Comtesse. Ses cheveux étaient tout plats et son maquillage coulait le long de ses joues. Elle s'est tournée vers moi car je m'étais faite une joie de la ramener à la porte, et m'a regardée avec ses yeux pleins de haine.
« Vous me le paierez tous » a-t-elle crié.
Catherine passa sa tête brièvement à la fenêtre pour voir qui elle avait arrosé. De dehors, on pouvait l'entendre rire et je me l'imaginais très bien pliée en deux après avoir vu le spectacle de désolation qu'offrait la comtesse. Cela valait le coup de la voir toute dégoulinante et je me suis mise à rigoler aussi. Rien à faire, je ne pouvais pas m’en empêcher.
Marie-Louise était tellement en colère qu'on aurait pu voir de la fumée s'échapper de sa tête. Je n'ai jamais vu quelqu'un nous quitter aussi précipitamment.

Lorsque mon mari est rentré, je lui ai tout raconté et il a souri en imaginant la scène. Il m'a expliqué qu'elle était allée le rejoindre au palais tout simplement pour lui dire que la robe d'Henriette était prête pour le mariage et qu'elle voulait que sa nouvelle couturière prenne ses mesures à lui pour sa tenue de cérémonie. Elle avait ensuite ajouté que nous l'avions mise à la porte, en espérant que Philippe prenne son parti. Et évidemment, il lui avait répliqué que nous avions bien agi, avant de l'expédier en quatrième vitesse en prétextant qu'il ne pouvait pas lui parler pendant ses heures de service et que de toute façon il se foutait pas mal de la tenue de cérémonie puisqu'il n'avait pas l'intention de se marier. Notre insolence avec la comtesse nous apporta au moins une chose positive: nous ne l'avons plus revue avant la fin août.

Au début du mois de mai, j’ai commencé à ressentir les symptômes d’une première grossesse. Je n’ai pas voulu prévenir Philippe tout de suite, sans savoir si je ne me trompais pas mais j’avais assez souvent assisté aux grossesses de ma mère pour en reconnaître les symptômes. Malheureusement, j’étais très malade. Pendant une bonne quinzaine de jours, je n’ai rien pu avaler, tout repassait automatiquement. Je me levais le matin et j’avais à peine le temps de courir vomir dans la cour. J’aimais bien être au grand air pour vider mon estomac. L’ennui c’est que Philippe a commencé à s’inquiéter vu qu’étant fils unique il ne savait pas trop ce que ressentait une femme enceinte lors des premiers mois.
Il voulait à tout prix me forcer à manger parce qu’il trouvait que j’avais perdu du poids et moi je voulais lui faire la surprise et lui annoncer quand mes rondeurs commenceraient à se voir.
Il voulait absolument que j’aille voir un médecin et moi, je ne voulais pas puisque je connaissais la cause de mon problème.
Au bout d’un mois, j’avais les traits tirés, j’étais épuisée et je commençais un peu à flotter à certains endroits dans mes vêtements. Philippe n’en pouvait plus de mes excuses bidons et dans mon dos, il a demandé au médecin personnel de Max de venir m’ausculter à l’improviste pour que je ne puisse pas m’isoler ou prendre la poudre d’escampette.
C’est ainsi qu’à la fin du mois de mai, un vieil homme que je n’avais jamais vu s’est présenté pendant que je jardinais un peu. Catherine m’a demandé de venir accueillir un visiteur qui était là pour moi.
J’étais étonnée, c’était la première fois que quelqu’un me demandait et personne hormis ma famille et mes amis ne savait que j’étais mariée au propriétaire de la maison.
Donc, je suis quand même allée l’accueillir.
Ce monsieur très bien habillé s’est présenté à moi comme le Docteur Bertemont, et il m’a avoué qu’il venait me voir sur la demande de mon mari qui était très inquiet pour ma santé. Je lui ai alors expliqué que Philippe l’avait déplacé pour rien car j’étais juste enceinte et je voulais lui faire la surprise. Il m’a demandé la permission de m’examiner quand même et j’ai accepté.
Je lui ai expliqué mes symptômes, ma perte de poids, mes dernières règles et il en a conclu la même chose que moi. Il m’a juste conseillé de me forcer un peu à manger. Je lui ai demandé de ne rien dire à Philippe, je lui annoncerais moi-même au soir quand il rentrerait de Versailles.

Il est rentré en fin d’après-midi avec l’air de quelqu’un qui a mal agi. Je l’attendais de pied ferme. Il est venu vers moi et j’ai joué un peu la comédie pour le punir. Il a eu droit à un accueil glacial.
« S’il te plaît, Jori, ne m’en veux pas. J’étais très inquiet pour toi. Je n’ai pas envie qu’il t’arrive quoi que ce soit. Je n’ai pas pu faire autrement.
Il avait l’air tellement inquiet et triste que je n’ai pas pu tenir mon sérieux plus longtemps.
-    Je ne t’en veux pas mon amour. J’ai juste été surprise de voir un étranger débarquer comme ça.
-    Alors il a trouvé ce que tu as ?
-    Oui et si tu avais attendu un peu avant de l’envoyer chercher, je t’aurais dit moi-même ce que j’avais. Je comptais te le dire dans peu de temps. Tu vas être papa l’hiver prochain. »
Son visage s’éclaira soudainement. Son cœur était rempli de joie, de soulagement, je pouvais le lire sur son visage. Il s'est mis à rire, m'a prise dans ses bras et m'a fait tournoyer dans la pièce. Puis il m'a déposée et est parti chanter la bonne nouvelle dans toute la maison. Si l’information devait rester secrète, c’était raté.
Il était tellement heureux. Pour célébrer cet heureux évènement à venir, il a ouvert une bouteille de vin et en a servi à tous nos amis qui étaient ravis pour nous.
Le soir venu, sa bonne humeur n’était toujours pas redescendue. Nous étions couchés dans notre lit et il n’arrêtait pas de me couvrir de baisers, il passait déjà ses mains sur mon ventre avec un sourire jusqu’aux oreilles. Nous en avons profité pour discuter des prénoms que nous voudrions qu’il ou qu’elle porte. Nous nous sommes mis d’accord que si c’était une fille, elle s’appellerait Marie et si c’était un garçon, ce serait Alexandre.

A la fin du mois d'août, Madame la Comtesse est venue nous rendre visite. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu un mauvais pressentiment en la voyant avec un sourire machiavélique sur les lèvres.
Philippe s'est installé dans le salon pour écouter ce que sa mère voulait. Je leur ai apporté des rafraîchissements et mon mari m’a fait signe de rester. Il pria sa mère de commencer. Elle n'était pas très chaude pour parler devant moi.
« Mon cher Philippe, il faudrait songer à venir voir ma couturière pour la confection de votre costume de cérémonie. Il est plus que temps d'y songer si le mariage doit avoir lieu le 15 septembre.
-    Vous pouvez tout oublier Mère puisque je n'épouserai pas cette gamine.
-    Cessez de faire l'enfant. Vous ferez ce que votre père et moi-même dirons. N'oubliez pas que vous nous avez promis d'épouser Henriette. Vous bafoueriez votre honneur en refusant maintenant.
Philippe s'énerva et se leva de son fauteuil.
-    Bafouer mon honneur serait un plaisir, si ça peut vous contrarier. Et laissez-moi rire, comme si vous saviez ce qu’est l’honneur !
Il prit ma main et la montra à sa mère.
-    Et comme vous pouvez le constater par ces deux anneaux que nous portons, je suis déjà marié. Et pour la loi de Dieu, je ne peux m'unir qu'à une seule femme. Oseriez-vous vous opposer à la loi de Dieu ? De plus, ma descendance est déjà en route.
Et il passa sa main sur mon ventre.
-    Vous ne seriez pas le premier à avoir des bâtards dans tout Paris.
Il gifla sa mère, mais elle continua.
-    En plus, avec l'aide d'un bon prêtre, on pourra facilement annuler votre stupide union.
-    Jamais, Mère. J'aime Joriandre plus que tout au monde. Elle m'apporte tout ce dont j'ai toujours rêvé. Elle est à la fois ma femme, ma sœur, ma maîtresse et enfin la mère que je n'ai jamais eu. Elle est tout pour moi et jamais je ne la quitterai. Je préfère mourir plutôt que de l'éloigner de moi. Et maintenant sortez de chez moi avant que je ne me décide à vous tuer. »
Elle s'exécuta mais ses dernières paroles nous vinrent aux oreilles.
« Vous rigolerez moins quand je viendrai vous chercher le 15 avec des soldats du roi. »



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