Joriandre Carpe Noctem Chapitre 4
Chapitre
4
Philippe a posé la robe à plat sur le
cheval devant la selle pour ne pas trop la froisser et m'a aidée à monter
derrière lui. Ensuite nous sommes partis. J’avais mis mes mains autour de sa
taille pour me tenir et posé ma joue contre son dos. Puis innocemment, j’ai
descendu une de mes mains et je l’ai posée sur son entrejambe. Immédiatement,
il réagit à mon toucher.
« Mon amour, si tu continues comme ça,
nous n’arriverons jamais à l’endroit que j’ai prévu.
Je me suis mise à rire doucement. J’aimais
savoir que je pouvais lui donner envie de moi n’importe où et n’importe quand.
En pleine campagne, il s'est arrêté, a
regardé autour de lui et est descendu.
« Il n'y a personne ici. Tiens, enfile
cette robe. Nous allons à Versailles. J'ai demandé audience auprès du roi et je
suis certain de ne pas rencontrer ma mère aujourd'hui au palais. »
J'ai enlevé mes vêtements et Philippe m'a
aidée à enfiler et à fermer ma robe. Elle était vraiment magnifique et m'allait
à merveille. Elle avait de longues manches qui se terminaient en pointe sur le
dessus de la main, un joli décolleté et elle se laçait dans le dos. Elle était
rehaussée de dentelle aux poignets, à la poitrine et dans le bas. Plusieurs
tons de rouge s’alternaient et des motifs de fleurs avaient été soigneusement
brodés.
Heureusement, je n'avais besoin de personne
pour me coiffer. J'ai soigneusement attaché ma chevelure avec les peignes que
Catherine avait confiés à Philippe et qui accompagnaient la robe afin que ce
soit plus stylé pour paraître à la Cour. Un vieux rêve allait se réaliser pour
moi. J'allais enfin voir nos souverains.
« Waow, tu es sublime, Joriandre. Si
on avait un peu plus de temps, je m’amuserais bien avec toi. Mais ça attendra
un peu. Et voici la dernière touche à ta tenue. »
Il sortit de sa poche un collier en or sur
lequel pendait un gros diamant en forme de goutte et me l'attacha autour du
cou. Nous avons fait un petit détour par le nord de Versailles, car Philippe
avait besoin de la calèche d’un de ses amis. Nous ne pouvions pas arriver au
château sur le dos d’un cheval. C’est Pierre qui nous a rejoints chez cet ami
pour conduire l’attelage.
Arrivés aux premières grilles du château,
Philippe a expliqué au garde que le roi l'attendait et nous sommes rentrés.
Nous avons dû patienter dans une salle
immense et quelques minutes plus tard, on nous a conduits auprès du roi.
J'avais vraiment l'impression d'être la princesse d'un conte de fée. C’était à
la fois excitant et inquiétant. J’avais malgré tout peur de mal me tenir. Et si
les souverains s’apercevaient de la supercherie, nous serions en très mauvaise
posture.
Face au roi, nous nous sommes inclinés et
avons fait la révérence qui était obligatoire vu le rang de la personne face à
nous. J’étais très intimidée.
Louis XVI s'approcha de moi, me prit la
main et me permit de me relever. J’en ai profité pour le détailler un peu
mieux. Il n’était pas très beau et avait un nez assez proéminent. Philippe
m'avait prévenue que je ne devais pas parler tant que le roi ne m'adressait pas
la parole en premier. Il se tourna vers son chambellan.
« Allez me quérir Madame de
Lamballe. »
Il revint quelques minutes plus tard avec
une dame d’une trentaine d’années. Le roi reprit la parole.
« Madame, veuillez accompagner cette
jeune demoiselle auprès de Sa Majesté la Reine. »
Elle m'a invitée à la suivre. Le palais
était vraiment immense, toutes les salles se succédaient les unes après les
autres, tant de beauté, tant de magnificence s’offrait à moi. Tous les murs
étaient somptueusement ornés de tapisseries, d’or, de moulures, des toiles de
maîtres recouvraient les plafonds. J’aurais pu passer des heures le nez en
l’air pour admirer toute cette beauté qui m’entourait. Nous avons finalement
rejoint la reine et sa cour qui discutaient dans la galerie des Glaces.
J'ai été étonnée de la voir. Je m'attendais
à une personne hautaine et fière du style de Madame la Comtesse. Mais non,
j'avais face à moi une jeune et jolie femme insouciante et gaie. J'ai eu
l’honneur et la chance de faire un peu plus amplement sa connaissance. Elle est
venue vers moi et a demandé aux autres dames qui étaient là de s'éloigner car
elle voulait s'entretenir avec moi en privé. Elle m'a posé des tas de
questions. Elle voulait savoir pourquoi j'étais venue voir le roi. Elle était
certaine que c’était la première fois que je venais à Versailles et m’a demandé
qui j’étais exactement et pourquoi je ne venais pas plus souvent au palais. Et
je lui ai tout raconté, en omettant de lui dire que je n’étais pas noble. Elle
avait l'air excitée par mon récit et m'a avoué qu'elle aurait voulu rencontrer
quelqu'un qui l'aurait aimée autant que Philippe m'aimait. Elle n'avait pas eu
la chance de choisir son époux. Elle m'a complimentée sur le collier que je
portais et sur ma tenue.
« Félicitations Mademoiselle Clostaire,
vous vous tenez très bien pour une première fois à la Cour.
- C’est
l’homme que j’aime qui m’a tout enseigné, Majesté. C’est un très bon
professeur.
- En
tout cas, mignonne et gentille comme vous l'êtes, je suis certaine que sa
Majesté mon Epoux vous donnera sa bénédiction. Vous méritez de vivre heureuse.
En plus, vous ne pouviez choisir de meilleur parti que le jeune comte de
Suresnes. Il y a pas mal de dames de la cour qui ont des vues sur lui. »
Ensuite la reine Marie-Antoinette a proposé
de me montrer les jardins et les magnifiques fontaines qui faisaient la
renommée de Versailles.
Pendant ce temps, Philippe discutait avec
le roi.
« Alors mon cher Comte, quel bon vent
vous amène à Versailles ?
- Je
suis venu vous demander une bénédiction, Majesté. Je vous en supplie,
permettez-moi d'épouser la jeune fille qui m'accompagnait.
- Vous
n'y pensez pas sérieusement, mon cher Philippe. Ce serait avec joie que nous
bénirions votre union avec cette demoiselle mais c'est impossible car nous
avons déjà promis à vos parents de bénir votre union avec la charmante
Henriette. Cependant, rien ne vous empêche de la prendre comme maîtresse.
Nombreux sont ceux qui à la Cour ont plus d'une femme dans leur lit. Ceci dit,
il est vrai que votre amie est bien plus exquise qu'Henriette. Nous sommes
vraiment navré de ne pouvoir répondre favorablement à votre demande.
Philippe allait protester mais le roi ne
lui en laissa pas le temps.
- Je
ne tolèrerai pas de discussion Monsieur le Comte. Maintenant, allons retrouver
nos charmantes amies que nous apercevons dans les jardins. »
Philippe est venu me rejoindre avec sa
majesté le Roi. Je pouvais à présent vérifier les dires de la reine à propos de
mon ami. Toutes les jeunes femmes se retournaient effectivement sur son passage
et l’admiraient avec pratiquement de la bave au coin des lèvres. Un soupçon de
jalousie émergea dans mon cœur. Je ne supportais plus du tout l’idée qu’il
pourrait se choisir une femme plus digne de lui que moi, une femme de la
noblesse. Mais lui n’avait pas l’air de les remarquer, je pouvais m’apercevoir
qu’il était très préoccupé. Apparemment son entretien ne s’était pas passé
comme il l’entendait. Quelques minutes plus tard, il a demandé la permission de
se retirer.
De nouveau, nous avons exécuté notre
révérence et Marie-Antoinette m'a dit à ce moment qu'elle espérait de tout cœur
me revoir un jour.
Nous sommes alors retournés chez Philippe
et nous nous sommes installés dans sa chambre pour réfléchir tranquillement aux
options qu’il nous restait.
« Et puis flûte ! Je n'ai besoin
de la bénédiction de personne. Que dirais-tu de te marier le 2 juin ? Nous inviterions juste nos amis et nous
organiserions une petite fête dans la prairie derrière notre maison. Juste nous
et ceux qui nous tiennent le plus à cœur. Pour le mariage idiot que projettent
mes parents, nous verrons plus tard. Nous improviserons.»
Je lui ai dit que j'étais d'accord et je
lui ai sauté au cou tellement j'étais heureuse. Je l’ai embrassé sur le coin de
la bouche, sur les lèvres, puis j’ai glissé ma langue dans sa bouche et j’ai caressé
sa langue avec la mienne.
Il m’a regardée avec un air coquin.
« Voilà une bien belle manière de
détourner mes pensées, Jori.
Et il traversa la pièce comme un ouragan
pour fermer la porte à clé.
Le lendemain matin, un peu avant l’aube, il
s’est introduit dans ma chambre sur la pointe des pieds pour ne pas me
réveiller et a laissé un mot à côté de moi sur le matelas. Il m'expliquait
qu'il serait parti probablement toute la journée avec Maximilien pour organiser
notre mariage. Ils devaient trouver un prêtre qui accepterait de nous marier en
pleine nature et sans la présence des parents de Philippe. Quelqu’un qui
n’aurait pas peur d’affronter leur courroux s’ils venaient à apprendre ce que
nous nous apprêtions à faire.
Les jours passèrent et à la fin du mois
d’avril, nous avons commencé à prévenir tous nos amis. Nous étions dans la
chambre de Philippe et il avait demandé à Catherine de nous rejoindre. Elle est
arrivée, munie de son mètre, d'un papier et d'un crayon.
« Assieds-toi, j'ai quelque chose à
t’annoncer, lui dit Philippe. Je voudrais que tu couses une robe de mariée.
- Pas
de problèmes. Il suffit que je prenne les mesures d'Henriette.
-
Qu’est-ce que vous avez tous à vouloir me marier à Henriette ?
demanda-t-il exaspéré. Tu n'as pas besoin d'Henriette car la future mariée est
juste devant toi.
- Je
le savais, j’avais raison ! Je te taquinais, je me doutais bien qu’il se
passait quelque chose entre vous » nous lança-t-elle joyeusement.
Elle me prit dans ses bras pour me
féliciter. Elle était très heureuse pour nous et me promit la plus belle des
robes de mariée. Philippe lui a donné de l'argent pour qu'elle puisse acheter
tout le matériel nécessaire et il lui a bien recommandé de ne rien laisser
traîner et de tout cacher car ses parents ne devaient se douter de rien.
Nous l'avons invitée à la cérémonie ainsi
que François, Pierre et Raphaël. Nous leur avons fait promettre de ne rien dire
à personne. Ils trouvaient tous qu'on formait un couple magnifique et étaient
très contents pour nous.
Le lendemain, j'ai accompagné Catherine à
Paris pour acheter de quoi me fabriquer une robe somptueuse. Nous avons regardé
tous les tissus que le marchand proposait. Et finalement Catherine lui a passé
une commande de plusieurs mètres de soie blanche et de dentelle. Elle a acheté
toutes les petites pièces indispensables à la robe comme de la fine corde blanche,
du fil à coudre et bien d'autres choses encore.
Dans l'après-midi, j'ai rendu visite à mon
père. Ils étaient très bien installés à la campagne. J'ai invité toute ma
famille au mariage. Mon père était très ému. Il m'a dit qu’il était très
heureux de vivre à la campagne. L'air pur et de l'espace pour les enfants
étaient les choses qu'il avait le plus souhaitées pour sa famille et Philippe avait réalisé son rêve. C’est vrai
que lorsqu'on vivait en ville et qu'on partait s'installer à la campagne, on
sentait une différence. Et quand je parle de sentir une différence, je ne veux
pas seulement parler du sentiment de liberté et de grands espaces qu’on pouvait
éprouver mais bien de sentir avec son nez. Et oui, chers lecteurs, Paris au
XVIIIème siècle était plein d'odeurs et bien souvent, elles n'étaient pas des
plus agréables. N'oubliez pas qu'on n'avait pas encore inventé les toilettes
publiques. Je vous laisse deviner quel genre d'odeurs régnaient en ville avec
tous ces gens qui faisaient leur déjection dans les égouts. Les cabinets
d’aisance étaient souvent réservés à la noblesse et même quand ils en avaient
un, ils arrivaient encore à uriner dans le coin d’une pièce.
J'ai aussi expliqué à mon père que les
parents de Philippe ne voulaient rien entendre de ses projets, qu'ils voulaient
diriger sa vie et que pour cette bonne raison, ils n'étaient pas au courant de
notre mariage. Mon père m'a alors dit que si les parents de mon futur mari ne
m'appréciaient pas, c'est qu'ils étaient stupides.
En fait, je crois plutôt qu'ils étaient
aveuglés par leur argent et le pouvoir qu'il leur conférait. Ils croyaient
pouvoir tout acheter avec de l’or, même leur fils. Mais ils se trompaient.
Le 22 mai, la construction de notre maison
était terminée.
C'était une grosse bâtisse avec deux
petites tours aux extrémités qui lui donnaient des airs de château. L'intérieur
aussi était prêt. Philippe leur avait donné des instructions un peu avant la
mi-mai pour la place des meubles et la décoration à laquelle j'avais participé.
Il ne nous restait plus qu'à emménager.
Mon compagnon alla donc trouver sa mère et
lui annonça qu'il partait habiter dans sa nouvelle maison avec les domestiques
qu'il avait choisis. Il prenait avec lui François, Catherine, Pierre et moi
aussi bien sûr. Madame la Comtesse ne voulait pas laisser partir ses meilleurs
domestiques et elle lui fit savoir. Evidemment, Philippe avait toujours de
bonnes réponses en réserve pour sa mère.
« Je vous signale que ce ne sont pas des
esclaves, Mère, et ils sont libres de choisir la personne pour laquelle ils
vont travailler. Je leur ai posé la question et ils préfèrent m'accompagner. De
toute façon, cela ne vous tuera pas d'en chercher des nouveaux. Au moins, pour
une fois, vous ferez quelque chose de vos journées. François préparera mes
affaires dès aujourd'hui afin de pouvoir emménager demain matin. »
Et il sortit de la pièce en laissant sa
mère ruminer toute seule.
Dans l'après-midi, nous avons commencé à
déménager les chevaux de Philippe et les miens ainsi que tout l'arsenal qui lui
appartenait. Il avait fait construire une écurie derrière notre maison, elle
était beaucoup plus petite que celle de ses parents mais nous ne prenions que
nos trois chevaux. Nous avons aussi amené dans la maison mes affaires ainsi que
celles des autres domestiques car ils passeraient tous la nuit là à l'exception
de François qui nous aiderait le lendemain pour les vêtements et les objets
personnels de Philippe. J'avais déjà installé toutes mes affaires dans notre
future chambre.
Le lendemain matin, comme prévu, nous avons
déménagé les derniers objets qui restaient encore au château de Madame la
Comtesse. Elle nous surveillait de très près au cas où nous aurions pris
quelque chose qu'il ne fallait pas. Notre besogne terminée, Philippe a dit au
revoir à sa mère de très loin et nous avons rejoint notre paradis terrestre.
Dans l'après-midi, Maximilien nous a rendu
visite. C'était la première fois que je le rencontrais et lui, il voulait
connaître l'heureuse élue choisie par son ami. Il en avait marre d’entendre
parler de moi sans arrêt et de ne pouvoir mettre un visage sur la petite amie
si parfaite de Philippe. Il n'était pas mal du tout, il avait de longs cheveux
blonds et des yeux noisette très clairs. Il avait 25 ans mais vivait encore
seul. Je trouvais cela étrange étant donné qu'il était mignon et fortuné. Nous
avons longuement discuté et nous nous sommes tout de suite entendus. On pouvait
parler de tout avec lui et il était le premier à critiquer Marie-Louise, mon
implacable future belle-mère. Il m'a expliqué qu'il avait préféré garder son
statut de célibataire à cause d'une histoire de mariage arrangé. Faisant aussi
partie de la noblesse, il avait refusé d'épouser la fille que ses parents lui
avaient destinée et avait utilisé comme prétexte qu'il devait se concentrer
énormément sur son travail et qu'il n'avait pas le temps d'aimer quelqu'un. Il
était très tard ce soir-là quand il nous a quittés.
Cette nuit-là fut la première que je
passais entièrement dans les bras de Philippe. Notre chambre était magnifique.
La pièce était immense et au centre trônait un lit à baldaquin recouvert de
draps rouge foncé. Les rideaux étaient de la même teinte mais dans un tissu
presque transparent. Face au pied du lit, il y avait une cheminée dans laquelle
j’aurai pu me tenir debout et à côté de la porte, une commode ravissante
décorée et vernie. Quand j’ai franchi la porte, j’hésitais un peu. N’aurais-je
pas dû dormir dans une autre chambre en attendant le jour du mariage ?
C’est ce que prévoyait la coutume mais Philippe m’a gentiment poussée et a
refermé la porte derrière lui.
« Pas question que tu te sauves mon
amour. Nous dormons ensemble ce soir et pour toutes les autres nuits de notre
vie. Ne te pose pas trop de questions sur ce qui est bien ou pas. On s’aime,
c’est le principal et ce que pensent les autres, je m’en fiche. »
Il s’est approché de moi comme un loup
s’approche d’un agneau. Il a passé sa main sur mon visage et j’ai tourné ma
tête pour lui embrasser la paume. Puis il m’a prise dans ses bras et m’a
embrassée avec empressement comme s’il avait attendu ça depuis longtemps. Il
jouait avec sa langue dans ma bouche, la faisant aller et venir comme s’il
simulait l’acte sexuel. Apparemment il était impatient et j’étais tellement
excitée que je voulais qu’il me prenne là, tout de suite. Je voulais le sentir
bouger entre mes cuisses le plus profondément possible, le sentir se cogner
contre ma paroi tout au fond. Je voulais qu’il me prenne comme un animal. Tout
en continuant à m’embrasser, il fit remonter ma robe et glissa ses doigts entre
mes jambes.
« Et bien, mon amour, toujours prête à
ce que je vois ».
Il glissa deux doigts à l’intérieur de mes
plis humides récoltant un gémissement au passage.
-
Je t’en prie Philippe, prends-moi maintenant. Je veux te sentir
profondément, bestialement d’abord. »
Je me suis libérée de son étreinte et me
suis dirigée vers le lit. J’ai relevé ma robe jusqu’à la taille et je me suis
penchée en tenant un des piliers du baldaquin. Une lueur malicieuse fit briller
les yeux de Philippe. Il déboutonna son pantalon sans même se donner la peine
de l’enlever, et à ce que j’apercevais aussi, il était plus que prêt pour moi.
Il s’est rapidement approché de moi et avant que j’aie le temps de dire quoi
que ce soit, il s’est enfoncé en moi d’un puissant coup de reins m’arrachant un
petit cri de plaisir. Il attendit un instant savourant sa présence à
l’intérieur de mon corps puis il commença à bouger. Il avait attrapé mes
cheveux et tirait dessus à chaque fois qu’il me pénétrait. Il se retirait
doucement et revenait puissamment en moi. Il prenait tout son temps.
Il glissa sa deuxième main sur le devant de
ma cuisse et atteignit le bouton de mon plaisir. Je n’ai pas pu résister très
longtemps à ce rythme-là et le cri de ma jouissance se répercuta dans la
chambre. Des spasmes secouaient toujours mon corps quand Philippe m’a rejointe
dans l’orgasme se déversant en moi. Heureusement qu’il me soutenait avec son
bras car je crois que j’aurais pu me laisser tomber sur le sol tellement j’en
avais les jambes qui tremblaient. Il m’a soulevée et m’a déposée gentiment sur
le lit en m’embrassant. Il a fini de se déshabiller, puis m’a regardée avec son
sourire charmeur.
« Enlève tes vêtements mon amour. Si
dans dix minutes tu n’es pas déshabillée, je te les arrache pour la deuxième
manche ! »
J’adorais son petit côté parfois un peu
animal mais il se montra très doux, gentil et attentionné pour le deuxième
round.
Le jour du mariage approchait à grands pas.
Nous ne verrions certainement pas ses parents ce jour-là car ils devaient
passer toute la journée à Versailles sur invitation du roi. Philippe avait bien
choisi la date en fonction de leur emploi du temps.
Le 2 juin arriva enfin. Le prêtre devait
arriver à midi pour célébrer son office. Il était à peine 11 heures et j'étais
déjà habillée, maquillée et coiffée. Catherine avait fait des merveilles avec
la robe. Le bustier était fermé par devant avec des lacets et offrait un
décolleté raisonnable. Il était échancré
jusqu’à la moitié de mon dos et était décoré de perles, de dentelles et de
broderies. Les manches étaient courtes, ce qui était très bien car par chance
le temps était ensoleillé et chaud.
La jupe comme à l'époque était bouffante et
était ornée de volants de soie et de dentelle. Elle avait fabriqué une sorte de
serre-tête avec des petites fleurs blanches et elle y avait attaché le voile
qui faisait environ 2 mètres de long.
François et Pierre avaient préparé la
décoration. Dans la grande prairie derrière la maison, ils avaient installé des
tables en demi-cercle pour la réception et un peu plus loin, ils avaient
fabriqué un autel pour le prêtre avec des chaises pour pouvoir accueillir tout
le monde. Nous étions 18 au total. Ma famille, Pierre, François, Catherine,
Raphaël, Max (c'est souvent comme ça qu'on appelait Maximilien), Hadrien et le
curé évidemment.
Cela faisait déjà une demi-heure que
j'attendais dans ma chambre. J'étais tellement nerveuse que je n'arrêtais pas
de tourner en rond. Pas moyen de tenir en place. Ce n'est pas tous les jours
qu'on se marie. En plus, cela ne se produit généralement qu'une seule fois dans
la vie. Je sais que ce n'est plus le cas maintenant mais à l'époque il y avait
beaucoup moins de divorces.
Je n’arrivais pas à croire que Philippe et
moi serions ensembles pour toute la vie. Un vrai conte de fées, mon rêve le
plus cher allait enfin se réaliser. Passer une vie entière aux côtés de l’homme
que j’aime plus que tout au monde, pour lequel je serais prête à sacrifier ma
vie s’il le fallait, et auquel je souhaitais plus que tout donner une nombreuse
descendance.
A midi tapante, le prêtre est arrivé et la
cérémonie a pu commencer. Tout l'office était en latin. Heureusement que
Philippe m'avait appris la plupart des choses qu'on pouvait dire pendant la
messe. Quand il m'a passé mon alliance au doigt, j'ai été émerveillée. Je
pensais avoir un anneau en or très simple, ce qui était déjà très bien car peu
de personnes en portaient vu leur pauvreté. Imaginez-vous ma surprise lorsqu'il
m'a mis au doigt un anneau de diamants. Il m'a tendu pour lui un anneau mais
uniquement en or. Et voilà, nous étions mariés pour le meilleur et pour le pire
jusqu'à ce que la mort nous sépare.
Le repas s'est déroulé dans la gaieté. Il y
avait plein de victuailles et à volonté : oies, poulardes, coqs, lièvres,
salades, pains… Les enfants étaient émerveillés devant tant de nourriture. Ils
ne savaient pas par où commencer.
Tout le monde est reparti vers 17 heures, à
part les domestiques de mon époux bien sûr. Il m'a dit que j'étais leur
maîtresse aussi désormais, mais je ne parvenais pas à leur donner des ordres.
Je trouvais cela stupide alors que nous étions amis.
J’avais envie de prendre l'air à l'écart de
tout, alors nous nous sommes promenés main dans la main au milieu des fleurs de
la prairie. Nous nous dirigions tranquillement vers la maison quand soudain
Philippe s'est tourné vers moi avec un regard malicieux et m'a soulevée de
terre. Il me tenait dans ses bras et courait pour atteindre notre demeure au
plus vite. Heureusement que j’avais enlevé mon voile depuis un long moment car
il aurait marché dessus. Je ne pouvais pas m'arrêter de crier tellement j'avais
peur qu'il me laisse tomber. Arrivés à la porte, il a ralenti et m'a fait
passer délicatement son seuil.
« Te voici chez toi, mon amour. Tu ne
peux pas t'imaginer à quel point je suis heureux. »
Il m'embrassa et me conduisit dans notre
chambre, au premier étage. Là, il s'est
décidé à me reposer par terre. Il s'est retourné et a fermé la porte à
clé.
« Comme ça, on pourra être tranquille
car je pense que je vais en avoir pour un bon bout de temps à te prouver comme
je t’aime. »
Il est venu vers moi et m'a enlacée
tendrement. Ensuite ses mains se sont dirigées vers ma poitrine et il a défait
les lacets qui tenaient mon bustier. Ses lèvres chaudes se promenaient entre
mon cou et mes seins et des frissons me parcouraient tout le corps. Il a pris
ma tête entre ses mains et m’a embrassée passionnément. Sa langue s’est glissée
entre mes lèvres et il m’a fait reculer lentement jusqu’à ce que l’arrière de
mes jambes touche le lit et il m’a délicatement poussée. Je me suis retrouvée
allongée sur le lit avec ma robe remontée et Philippe entre mes jambes. Il
était parfois doux et attentif et d’autre fois un peu brute et sauvage mais il
me donnait toujours mon plaisir d’abord avant de prendre le sien. J’aurais pu
passer l'éternité avec lui dans un lit.
J'étais au comble du bonheur et j'aurais
voulu qu'il dure toute la vie.
Après quelques ébats torrides, nous étions
allongés l'un contre l'autre et je lui caressais la poitrine lorsque quelqu'un
est venu frapper à la porte.
« Philippe, c'est votre mère. Ouvrez
la porte ! »
Super ! Même si nous n'étions plus
dans sa maison, elle continuait à nous embêter. Nous nous sommes rhabillés en
quatrième vitesse et je me suis cachée dans la petite pièce attenante qui
servait de placard à linges. J'ai emmené avec moi la robe de mariée et les
vêtements de cérémonie de Philippe. Il a vite enfilé un pantalon et a attendu
que j'aie bien refermé la porte derrière moi pour ouvrir à sa mère.
« Eh bien mon fils, vous en mettez du
temps à ouvrir. Et depuis quand fermez-vous votre porte à clé ?
- Depuis
que j’ai envie de me reposer tranquillement sans qu'on vienne me déranger. Mais
évidemment avec vous dans les parages, c'est impossible. »
J'avais collé mon oreille à la porte pour
entendre leur conversation.
« Mon cher Philippe, qu'est-ce donc
tout ce désordre dans le pré qui côtoie votre demeure ?
- Rien
du tout, Mère. J'ai organisé une petite fête pour célébrer mon arrivée dans
cette charmante bâtisse.
- Mon
cher enfant, vous auriez pu au moins penser à inviter vos parents.
-
Malheureusement, Mère, si je vous avais invité, ce serait devenu un
cauchemar et non une fête.
Elle prit un air offusqué mais continua
quand même.
-
Enfin, peu importe. Si vous saviez à quel point je suis contente.
J'arrive à l'instant de Versailles. Votre future épouse est vraiment charmante
et elle me disait encore tout à l'heure à quel point elle était heureuse
d'épouser un bel homme comme vous.
- Lui
avez-vous aussi dit, Mère, à quel point il m'est impossible de marier un
laideron comme elle et stupide par dessus le marché.
- Cessez
vos enfantillages Philippe et allez au moins lui rendre une petite visite de
courtoisie.
- Si
c'est là tout ce que vous aviez à me dire, Mère, vous pouvez disposer. J'ai
entendu assez de niaiseries pour aujourd'hui. Vous réussiriez presque à me
gâcher la journée. »
Elle sortit comme d'habitude furieuse
contre son fils. Je pouvais entendre son pas lourd et pressé dans les
escaliers.
Philippe a ouvert la porte derrière
laquelle je me trouvais.
« Ce n'est pas beau d'écouter aux
portes. »
Il s'est mis à rire et m'a serrée dans ses
bras.
« Est-ce que tu sais que ta mère est
une vraie casse-pieds ?
- Et
« casse-pieds » est un petit mot, chérie. Mais ne parlons pas d'elle,
veux-tu ? Elle me rendrait malade. »
Après le souper, nous sommes de nouveau
sortis pour admirer notre propriété. Nous étions assis au pied d'un arbre sur
une petite colline et nous observions notre maison qui paraissait si petite vue
de loin.
J'avais posé ma tête sur son épaule et nous
regardions le coucher du soleil. C'était magnifique de voir toutes ces couleurs
éclatantes qui devenaient peu à peu plus sombres. Je me disais que la vie était
merveilleuse.
J'avais le meilleur des maris et tout ce
qui m'entourait était si beau, si enchanteur. J'étais au paradis.
Quand nous nous sommes enfin décidés à
rentrer, il faisait nuit noire.
Je me suis levée à l'aube comme d'habitude
et j'ai préparé le petit déjeuner de Philippe. Je me suis pratiquement fait
gronder par Catherine car c’était à elle que revenait la tâche dorénavant de
préparer nos repas. J’étais gênée de me faire servir par des gens que je
considérais comme des amis. Vers 10 heures, un homme est arrivé et a demandé à
voir Monsieur le Comte. A ce moment, je me suis vraiment aperçue que par
alliance, j'étais devenue comtesse. Evidemment cela ne changeait rien pour moi.
J'étais et je resterais toujours Joriandre. Les titres de noblesse ne m'ont
jamais vraiment intéressée. Mais j’avais beaucoup de mal à m’y faire.
Ce monsieur était peintre et Philippe
l'avait engagé pour faire notre portrait de mariage. Il voulait un souvenir de
la journée où j’avais accepté d’être sa femme. Je suis donc allée mettre ma
robe de mariée avec l'aide de Catherine pendant que François s'occupait
d'habiller mon mari. Nous nous sommes ensuite rejoints dans la prairie où le
décor floral de la veille nous attendait encore. Le temps était superbe, très
ensoleillé.
C'était fatiguant de rester une journée
complète sans bouger. Par chance, la pose était agréable. Nous étions debout
l'un contre l'autre et il tenait mes mains dans les siennes. Le montage de
fleurs que François et Pierre avaient réalisé nous encadrait et en arrière
plan, l'artiste avait dessiné notre demeure. Vers 18 heures, le peintre est
parti avec la toile pour pouvoir la terminer dans les plus brefs délais. Il
nous promit de la ramener dans un mois environ car il avait encore pas mal de
travail à effectuer dessus et vu ce que Philippe l’avait payé, il voulait que
ce soit le plus beau des tableaux qu'il ait jamais peints. Et c'est vrai qu'il
était magnifique. Dès qu'il l'a apporté à la fin du mois de juin, nous l'avons
placé dans notre chambre. Un artisan avait fabriqué un cadre en bois avec des
petits dessins gravés dessus. Il avait tout recouvert de dorure et dans le bas
du cadre, une plaque de cuivre indiquait :
Joriandre et Philippe
2 juin 1780.
C'est vrai que vus comme ça et sans me
vanter, nous formions un couple ravissant et bien assorti. Tout le monde le
disait.
Notre bonheur était à son paroxysme. Nous
avions construit autour de nous une sorte de paradis terrestre. Quand ce
n’était pas moi qui lui prouvais tout mon amour, c’était lui qui m’embrassait,
me disait qu’il m’aimait. J’étais perpétuellement enveloppée par notre amour. Nous
vivions dans un vrai cocon et espérions y rester à l’abri du mal qui rôdait
parfois dans les environs sous les traits de Marie-Louise.
Au début du mois de juillet, le roi a pris
Philippe dans sa garde et il travaillait le plus souvent avec son oncle
Hadrien.
Il adorait travailler pour le roi. En plus,
il ne supportait pas de rester inactif alors ça l'occupait un peu.
L'hiver arriva et passa très vite. Quand il
était à la maison, nous passions une grosse partie de notre temps sous les
couvertures. Il faut dire qu'il faisait froid et que les chauffages de l'époque
ne valaient pas grand chose par rapport à maintenant. Alors nous fabriquions de
l'énergie comme nous pouvions. Nous avons passé aussi pas mal d’heures allongés
en face de la cheminée sur des peaux de moutons. Nous n’avons pas vu Madame la
Comtesse une seule fois pendant l'hiver. Elle aussi préférait rester chez elle
et franchement nous ne nous en plaignions pas.
Alors que le soleil revenait petit à petit
avec le printemps, ma chère belle-maman est venue rendre visite à son fils.
Malheureusement pour elle, il travaillait toute la journée au palais. François
l'a accueillie et lui a expliqué où elle pourrait le trouver mais elle voulait
à tout prix déposer un petit mot dans sa chambre. Elle n'avait soi-disant pas
le temps d'aller jusqu’à Versailles. Elle s'est dirigée vers la porte et a
essayé de l'ouvrir mais elle était fermée à clé. J'avais pris l'habitude de
toujours fermer quand je n'étais pas dans la pièce pour éviter que Marie-Louise
ne tombe sur le portrait. Je savais que mes efforts seraient récompensés un
jour. Elle a alors ordonné à François d'ouvrir et il lui a dit que j'étais la
seule à posséder la clé.
Il est venu me chercher en courant car
Madame la Comtesse piquait sa petite crise d'hystérie. Elle trouvait cela
impensable de l'empêcher d'accéder à la chambre de son fils.
Je n'ai même pas eu droit à un bonjour
quand je suis arrivée près d'elle cinq minutes plus tard.
« Dépêchez-vous d'ouvrir cette porte.
Je n'ai pas que cela à faire ! » me lança-t-elle d’un air menaçant.
Je l'ai regardée droit dans les yeux avec
un petit sourire arrogant aux coins des lèvres.
« De un, on dit s'il vous plaît quand
on est polie et de deux, je ne vous ouvrirai pas cette porte tant que je
n'aurai pas reçu l'autorisation du maître de ces lieux.
- Petite
effrontée, est-ce que vous oubliez à qui vous parlez ?
- Pas
du tout, mais vous n'avez rien à dire ici et je n'ai pas d'ordres à recevoir de
vous. En plus, personne ne me punira comme vous l'avez fait la dernière fois, à
moins que vous ne vouliez une autre gifle de votre fils. Je vous conseille donc
de partir. Et si vous voulez lui rendre visite, vous n'avez qu'à vous rendre à
Versailles.
Vu sa tête, elle avait du mal à avaler tout
ce que je lui disais.
- Comment
osez-vous agir comme la maîtresse de ces lieux? Vous n'êtes rien du tout. Si
vous croyez pouvoir attirer mon fils dans vos bras, vous rêvez. Jamais il
n'épousera une gueuse comme vous et je ferai tout pour que cela n'arrive
jamais. »
Là-dessus, elle sortit en marmonnant entre
ses dents. De mon côté, j’essayais tant bien que mal de me calmer car elle
avait mis mes nerfs à rude épreuve.
Au moment où elle a mis ses pieds dehors,
Catherine qui nettoyait au premier étage a balancé son seau d'eaux sales par la
fenêtre. Il aurait pu tomber n'importe où, mais non, il a atterri sur Madame la
Comtesse. Ses cheveux étaient tout plats et son maquillage coulait le long de
ses joues. Elle s'est tournée vers moi car je m'étais faite une joie de la
ramener à la porte, et m'a regardée avec ses yeux pleins de haine.
« Vous me le paierez tous »
a-t-elle crié.
Catherine passa sa tête brièvement à la
fenêtre pour voir qui elle avait arrosé. De dehors, on pouvait l'entendre rire
et je me l'imaginais très bien pliée en deux après avoir vu le spectacle de
désolation qu'offrait la comtesse. Cela valait le coup de la voir toute
dégoulinante et je me suis mise à rigoler aussi. Rien à faire, je ne pouvais
pas m’en empêcher.
Marie-Louise était tellement en colère
qu'on aurait pu voir de la fumée s'échapper de sa tête. Je n'ai jamais vu
quelqu'un nous quitter aussi précipitamment.
Lorsque mon mari est rentré, je lui ai tout
raconté et il a souri en imaginant la scène. Il m'a expliqué qu'elle était
allée le rejoindre au palais tout simplement pour lui dire que la robe
d'Henriette était prête pour le mariage et qu'elle voulait que sa nouvelle couturière
prenne ses mesures à lui pour sa tenue de cérémonie. Elle avait ensuite ajouté
que nous l'avions mise à la porte, en espérant que Philippe prenne son parti.
Et évidemment, il lui avait répliqué que nous avions bien agi, avant de
l'expédier en quatrième vitesse en prétextant qu'il ne pouvait pas lui parler
pendant ses heures de service et que de toute façon il se foutait pas mal de la
tenue de cérémonie puisqu'il n'avait pas l'intention de se marier. Notre
insolence avec la comtesse nous apporta au moins une chose positive: nous ne
l'avons plus revue avant la fin août.
Au début du mois de mai, j’ai commencé à
ressentir les symptômes d’une première grossesse. Je n’ai pas voulu prévenir
Philippe tout de suite, sans savoir si je ne me trompais pas mais j’avais assez
souvent assisté aux grossesses de ma mère pour en reconnaître les symptômes. Malheureusement,
j’étais très malade. Pendant une bonne quinzaine de jours, je n’ai rien pu
avaler, tout repassait automatiquement. Je me levais le matin et j’avais à
peine le temps de courir vomir dans la cour. J’aimais bien être au grand air
pour vider mon estomac. L’ennui c’est que Philippe a commencé à s’inquiéter vu
qu’étant fils unique il ne savait pas trop ce que ressentait une femme enceinte
lors des premiers mois.
Il voulait à tout prix me forcer à manger
parce qu’il trouvait que j’avais perdu du poids et moi je voulais lui faire la
surprise et lui annoncer quand mes rondeurs commenceraient à se voir.
Il voulait absolument que j’aille voir un
médecin et moi, je ne voulais pas puisque je connaissais la cause de mon
problème.
Au bout d’un mois, j’avais les traits tirés,
j’étais épuisée et je commençais un peu à flotter à certains endroits dans mes
vêtements. Philippe n’en pouvait plus de mes excuses bidons et dans mon dos, il
a demandé au médecin personnel de Max de venir m’ausculter à l’improviste pour
que je ne puisse pas m’isoler ou prendre la poudre d’escampette.
C’est ainsi qu’à la fin du mois de mai, un
vieil homme que je n’avais jamais vu s’est présenté pendant que je jardinais un
peu. Catherine m’a demandé de venir accueillir un visiteur qui était là pour
moi.
J’étais étonnée, c’était la première fois
que quelqu’un me demandait et personne hormis ma famille et mes amis ne savait
que j’étais mariée au propriétaire de la maison.
Donc, je suis quand même allée
l’accueillir.
Ce monsieur très bien habillé s’est
présenté à moi comme le Docteur Bertemont, et il m’a avoué qu’il venait me voir
sur la demande de mon mari qui était très inquiet pour ma santé. Je lui ai
alors expliqué que Philippe l’avait déplacé pour rien car j’étais juste
enceinte et je voulais lui faire la surprise. Il m’a demandé la permission de
m’examiner quand même et j’ai accepté.
Je lui ai expliqué mes symptômes, ma perte
de poids, mes dernières règles et il en a conclu la même chose que moi. Il m’a
juste conseillé de me forcer un peu à manger. Je lui ai demandé de ne rien dire
à Philippe, je lui annoncerais moi-même au soir quand il rentrerait de Versailles.
Il est rentré en fin d’après-midi avec
l’air de quelqu’un qui a mal agi. Je l’attendais de pied ferme. Il est venu
vers moi et j’ai joué un peu la comédie pour le punir. Il a eu droit à un
accueil glacial.
« S’il te plaît, Jori, ne m’en veux pas.
J’étais très inquiet pour toi. Je n’ai pas envie qu’il t’arrive quoi que ce
soit. Je n’ai pas pu faire autrement.
Il avait l’air tellement inquiet et triste
que je n’ai pas pu tenir mon sérieux plus longtemps.
- Je
ne t’en veux pas mon amour. J’ai juste été surprise de voir un étranger
débarquer comme ça.
- Alors
il a trouvé ce que tu as ?
- Oui
et si tu avais attendu un peu avant de l’envoyer chercher, je t’aurais dit
moi-même ce que j’avais. Je comptais te le dire dans peu de temps. Tu vas être
papa l’hiver prochain. »
Son visage s’éclaira soudainement. Son cœur
était rempli de joie, de soulagement, je pouvais le lire sur son visage. Il
s'est mis à rire, m'a prise dans ses bras et m'a fait tournoyer dans la pièce.
Puis il m'a déposée et est parti chanter la bonne nouvelle dans toute la
maison. Si l’information devait rester secrète, c’était raté.
Il était tellement heureux. Pour célébrer
cet heureux évènement à venir, il a ouvert une bouteille de vin et en a servi à
tous nos amis qui étaient ravis pour nous.
Le soir venu, sa bonne humeur n’était
toujours pas redescendue. Nous étions couchés dans notre lit et il n’arrêtait
pas de me couvrir de baisers, il passait déjà ses mains sur mon ventre avec un
sourire jusqu’aux oreilles. Nous en avons profité pour discuter des prénoms que
nous voudrions qu’il ou qu’elle porte. Nous nous sommes mis d’accord que si
c’était une fille, elle s’appellerait Marie et si c’était un garçon, ce serait
Alexandre.
A la fin du mois d'août, Madame la Comtesse
est venue nous rendre visite. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu un mauvais
pressentiment en la voyant avec un sourire machiavélique sur les lèvres.
Philippe s'est installé dans le salon pour
écouter ce que sa mère voulait. Je leur ai apporté des rafraîchissements et mon
mari m’a fait signe de rester. Il pria sa mère de commencer. Elle n'était pas
très chaude pour parler devant moi.
« Mon cher Philippe, il faudrait
songer à venir voir ma couturière pour la confection de votre costume de
cérémonie. Il est plus que temps d'y songer si le mariage doit avoir lieu le 15
septembre.
- Vous
pouvez tout oublier Mère puisque je n'épouserai pas cette gamine.
- Cessez
de faire l'enfant. Vous ferez ce que votre père et moi-même dirons. N'oubliez
pas que vous nous avez promis d'épouser Henriette. Vous bafoueriez votre
honneur en refusant maintenant.
Philippe s'énerva et se leva de son
fauteuil.
- Bafouer
mon honneur serait un plaisir, si ça peut vous contrarier. Et laissez-moi rire,
comme si vous saviez ce qu’est l’honneur !
Il prit ma main et la montra à sa mère.
-
Et comme vous pouvez le constater par ces deux anneaux que nous portons,
je suis déjà marié. Et pour la loi de Dieu, je ne peux m'unir qu'à une seule
femme. Oseriez-vous vous opposer à la loi de Dieu ? De plus, ma
descendance est déjà en route.
Et il passa sa main sur mon ventre.
- Vous
ne seriez pas le premier à avoir des bâtards dans tout Paris.
Il gifla sa mère, mais elle continua.
-
En plus, avec l'aide d'un bon prêtre, on pourra facilement annuler votre
stupide union.
- Jamais,
Mère. J'aime Joriandre plus que tout au monde. Elle m'apporte tout ce dont j'ai
toujours rêvé. Elle est à la fois ma femme, ma sœur, ma maîtresse et enfin la
mère que je n'ai jamais eu. Elle est tout pour moi et jamais je ne la
quitterai. Je préfère mourir plutôt que de l'éloigner de moi. Et maintenant
sortez de chez moi avant que je ne me décide à vous tuer. »
Elle s'exécuta mais ses dernières paroles
nous vinrent aux oreilles.
« Vous rigolerez moins quand je
viendrai vous chercher le 15 avec des soldats du roi. »

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