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samedi 11 mai 2013

Joriandre Carpe Noctem chapitre 3

Voilà le dernier chapitre que je vous offre pour vous mettre l'eau à la bouche. Attention il contient des scènes très érotiques, de préférence interdites aux moins de 18 ans.


Chapitre 3

Trois années s'écoulèrent paisiblement. J'étais très heureuse d'être au service de Philippe. Pas une journée ne se passait sans jeux et fous rires.
Nous étions en avril 1780 et je venais de fêter mon 18ème anniversaire quinze jours auparavant. La journée était tellement ensoleillée qu'on se serait cru en plein été.
Philippe avait terminé son entraînement militaire et il avait décidé de prendre quelques mois de bon temps avec moi avant de penser sérieusement à rentrer dans la garde royale auprès de son oncle. Il travaillait de temps à autre avec lui mais seulement quand il en avait envie ou qu’il y avait une mission vraiment urgente à accomplir. Il ne manquait de toute manière pas d’argent.

Ce jour-là, nous avons fait une course à cheval. Je n'étais pas aussi rapide que lui mais il n'arrivait quand même pas à me semer. Ensuite, nous nous sommes exercés à l'épée. Il m'avait appris à manier la lame. En fait, j'avais tellement insisté pour qu'il me montre comment utiliser une épée qu'il avait décidé de m'en enseigner le maniement. Comme après chaque entraînement, il m'a dit que pour une fille en robe je me débrouillais très bien. En fait, il était fier de moi et de ma capacité à vite assimiler tout ce qu’il m’apprenait. Ce jour-là, je l’ai presque battu, j’ai réussi à déchirer la manche de sa chemise avec la pointe de mon épée.
Nous sommes ensuite allés à l'écurie pour nous reposer tranquillement. Nous nous sommes installés sur la meule de foin pour discuter. Nous étions allongés sur le côté, l'un face à l'autre. Il me fixait l'air songeur sans dire un mot, une brindille de paille aux lèvres.
« Il y a quelque chose qui ne va pas ? lui ai-je demandé.
-    Non. Je réfléchissais. C'est fou ce que tu as changé. Tu es devenue une femme et tu es très belle, tu sais. En plus, ton corset s'est un peu desserré et j’ai un aperçu du Paradis. »
Je me suis redressée d’un bond pour pouvoir le refermer correctement.
J'étais gênée, cela faisait plus de dix minutes qu'il regardait mon décolleté et il ne m'avait rien dit. J'ai pris une poignée de foin et je lui ai lancé à la figure.
« Tu aurais pu me le dire plus tôt ! »
Il en prit une aussi et essaya de me toucher mais il rata son coup.
« J'aime bien regarder les jolies choses et si je te l’avais dit plus tôt, tu m’aurais privé d’une très belle vue »  me répondit-il.
Et nous avons joué comme des gamins avec le foin. Quand nous avons eu terminé notre petite bataille, nous étions couverts de poussières et de brindilles de la tête jusqu'aux pieds. Il allait être l'heure de souper alors nous nous sommes secoués avant de rentrer. Je lui ai frotté ses vêtements et il a frotté les miens. Pendant que je passais mes mains sur sa chemise entrouverte, il me regardait droit dans les yeux et sa respiration s’accélérait. Ensuite ce fut son tour de frotter mes vêtements. Il prenait tout son temps pour épousseter ma robe. J’adorais la sensation de ses mains sur mon corps au travers de ma robe, je sentais mes seins se durcir et ma respiration s’accélérer aussi. Apparemment, nous ressentions la même chose l’un pour l’autre. Puis nous nous sommes mis en route en silence pour la cuisine, et en passant près de lui, j’ai remarqué qu’il était plutôt à l’étroit dans son pantalon. Il m’a demandé de l’attendre avec les autres  pendant qu’il résolvait un problème personnel.
Quand je suis arrivée, il n’y avait que Sophie en train de finir la préparation du repas.  Puis les autres sont arrivés et Philippe a fermé la marche. Raphaël m'a regardée puis a jeté un coup d’œil à Philippe et a crié assez fort pour que tout le monde puisse l'entendre:
«  Qu'est-ce que vous avez fait dans la paille pour être encore couverts de poussière ?
-    C'est certain qu'avec le temps qu'ils sont restés dans l'écurie, ils se sont bien amusés, répondit Pierre en rigolant.
Philippe leur répondit le sourire aux lèvres.
-    Je suis désolé Messieurs de mettre fin à vos ragots, mais nous avons juste discuté. »
Ils n'avaient pas l'air de le croire et continuaient à rigoler.

Après le souper, Philippe a décidé de prendre son bain car le lendemain matin, il devait aller voir son oncle à Versailles afin de prendre des nouvelles de la bataille qui faisait rage en Amérique. Les Français étaient entrés en guerre contre les Anglais pour aider les Américains à conquérir leur indépendance. François avait déjà préparé la baignoire et les seaux quand nous sommes arrivés dans sa chambre.
Philippe s'est déshabillé et s'est installé confortablement dans l’eau pendant que je rangeais du linge dans son armoire et que je mettais les serviettes à chauffer en face du feu.
C'est vrai qu'il avait changé aussi. Son corps s'était pas mal élargi et je trouvais cela sexy de voir cette fine ligne de poils qui reliait ses seins avant de descendre vers le bas de son torse et disparaître sous le niveau de l’eau. Il était bien musclé,  on voyait la découpe de ses abdominaux et de ses pectoraux. C'était un homme maintenant et un très beau spécimen, je dois l’avouer. Je ne me lassais pas de l’admirer à chaque fois que je le voyais nu dans son bain. Et pour couronner le tout, même si je rougissais quand je le regardais sous la ceinture, je ne me privais jamais du plaisir d’y jeter un coup d’œil de temps à autre. Je n’avais jamais vu d’autre homme nu avant et pour moi, je trouvais son membre magnifique et intrigant. Quand j’y pensais, je trouvais ça bizarre qu’il ne soit pas encore marié et en même temps j’étais soulagée. Je me demandais s’il me garderait auprès de lui si ça devait arriver un jour et un élan de tristesse m’enveloppa. J’ai essayé de sortir ces idées de ma tête et de m’appliquer à mon travail.
Je lui ai frotté ses magnifiques cheveux en lui massant le cuir chevelu. Il avait fermé les yeux et avait l’air de savourer l’instant. Ensuite, je lui ai lavé le dos et la poitrine. Arrivée dans le bas du ventre, il m'a attrapé la main et a essayé de la descendre plus bas.
«  Lâche-moi ! S'il te plaît ! Ce n’est pas drôle ! »
Il a fait semblant de me lâcher et au lieu de cela, il a tiré d'un coup sec sur ma main, m'a déséquilibrée et je me suis finalement retrouvée dans la baignoire. Il m'a alors coincée entre ses jambes pour que je ne sorte pas de là. Je sentais quelque chose de dur contre mes fesses. Puis avec son index et son pouce, il a attrapé mon menton et a soulevé ma tête pour que je le regarde droit dans les yeux.
« Je t'aime, Jori. Je t'ai toujours aimée. »
Il s'est penché sur moi et a frôlé mes lèvres avec les siennes d’une manière un peu hésitante. Il voulait probablement voir comment je réagirais. Ensuite, il m'a embrassée et je l'ai laissé faire. Sa langue s’est frayée un chemin dans ma bouche et je n’ai opposé aucune résistance. Ce contact me procurait une sensation de chaleur et de plaisir inimaginable. Sa langue dansait avec la mienne, il la caressait et la suçait. Je ressentais des sensations que je n’avais jamais éprouvées jusque là. J’avais envie de sentir son corps sur le mien, de le sentir profondément en moi. Il a mis sa main sur mon genou et a commencé à remonter doucement ma robe pour en arriver à caresser ma cuisse. A ce moment, une sonnette d’alarme retentit dans mon cerveau. Attention, il n’est pas pour toi ! Tant bien que mal, j’ai essayé de le repousser.
« Arrête s’il te plaît ! » lui ai-je demandé.
Il s'est arrêté et je suis sortie de la baignoire. Je dégoulinais de partout. Il avait l’air un peu déçu.
« Comment est-ce que je vais faire pour aller me changer sans mettre de l'eau partout ? Avec ta chambre à nettoyer, c'est largement suffisant. En plus, si je tombe sur ta mère, elle va encore s’énerver. On va en entendre parler pendant des mois.
Il m’a regardée et finalement s’est mis à rire.
-    J'ai une idée, me dit-il, j'irai te chercher une autre robe lorsque je serai sec. Et pendant ce temps-là, tu pourras prendre ton bain. Je te jure que je ne regarderai pas. Même si ce n’est pas l’envie qui me manque. »
Il est sorti de l'eau. J’ai essayé de ne pas regarder son entrejambe qui avait atteint des proportions bien plus grandes que d’habitude et je lui ai passé sa serviette autour des hanches en essayant de ne pas le toucher à cet endroit stratégique. Je l'ai essuyé avec un autre morceau de tissu. J’avais beau essayer de regarder ailleurs, ma vue était attirée par cette énorme bosse sous la serviette. J’avais une envie folle de la toucher pour voir les sensations que j’éprouverais et comment elle réagirait. Moi et ma curiosité maladive. Il a remarqué que je fixais cette déformation du tissu. Un énorme sourire apparut alors sur son visage.
« Si ça t’intrigue à ce point-là, tu peux mettre ta main dessus. C’est à cause de toi que je suis dans cet état-là.
Sa voix était basse et rauque. J’ai senti mon visage devenir tout rouge jusqu’aux racines de mes cheveux. J’étais perdue dans mes pensées, je ne savais plus quoi faire ni quoi penser. Je ne savais pas ce qui se passait dans mon corps, mais j’avais soudain une envie folle de lui, je voulais sentir ses mains sur mon corps, sa langue sur ma peau. Pendant que j’avais la tête ailleurs, il a laissé tomber sa serviette au sol, a attrapé ma main et l’a posée sur son membre en érection. Je suis sortie de ma rêverie comme si j’avais été brûlée à la main. Je n’osais cependant pas bouger. Ma main reposait à plat sur son membre si dur mais dont l’extrémité était douce comme du velours. Il me fixait avec un regard coquin puis avec sa main, il guida la mienne. Je le caressais doucement sur toute sa longueur.
« Serre tes doigts un peu plus. Tu ne risques pas de me faire mal.
J’ai machinalement obéi à ses recommandations et comme résultat de ma manipulation, il a gémi.
J’ai eu peur de lui faire mal et puis j’ai repris mes esprits. Qu’étais-je donc en train de faire ? Je ne devais pas le toucher comme ça alors qu’il n’était pas à moi. J’ai retiré vivement ma main et je l’ai regardé pour voir sa réaction. Il haletait et il avait vraiment l’air désolé que je l’aie lâché. Apparemment ma manipulation était très agréable.
J’ai fait comme si de rien n’était, je n’osais plus le regarder dans les yeux. J’ai vite terminé de le sécher et je l’ai aidé à s’habiller. Ensuite, il est parti me chercher une robe dans ma chambre. J'en ai profité pour me déshabiller et je me suis enfoncée dans l'eau tiède de la baignoire en espérant qu’elle apaiserait le feu qui était né entre mes jambes.
Il est revenu un bon moment après, a déposé la robe sur son lit et est aussitôt ressorti pour attendre devant la porte. Evidemment Philippe avait bien choisi la robe. Il avait pris une robe vert pâle très décolletée et en plus les lacets se fermaient derrière. Je l'ai donc appelé pour qu'il vienne m'aider et il ne s'est pas fait prier.

Nous nous sommes ensuite séparés un moment car je devais nettoyer sa chambre. François est venu enlever la baignoire et j'ai enfin pu commencer à éponger l'eau que nous avions mise partout.
Pendant ce temps, Philippe était parti discuter avec son père. C’était plutôt rare mais ça lui arrivait. En fait, quand il parlait avec son père, c’était au sujet du roi.

Je devais l'attendre dans son bureau. J'ai donc choisi un livre pour lui faire la lecture quand il serait là. Il est entré dix minutes plus tard et s'est installé dans son fauteuil. Je me suis assise à ses pieds, le livre sur mes jambes que j'avais croisées devant moi et le dos contre ses jambes. De là où il était en se penchant un peu, il devait certainement avoir une très belle vue sur ma poitrine. D’ailleurs ce soir-là, il n’a pas arrêté de gesticuler sur son siège. Il se faisait tard et je commençais à me sentir fatiguée alors je lui ai suggéré d’aller se coucher. Je me suis levée et je me suis dirigée vers la porte sans même lui prêter un regard. Je l'avais déjà ouverte quand il m'a rejointe. Il m'a saisi le poignet et m'a attirée contre lui. Il a reclaqué la porte avec le pied et m'a de nouveau embrassée tout en me repoussant contre la porte. J’étais coincée contre son corps, sa langue caressait la mienne avec passion, il la suçait, s’en délectait. Ses hanches étaient tellement pressées contre moi que je sentais son érection au travers le tissu de ma robe. Puis ses lèvres sont descendues le long de mon cou. Il avait une telle manière de frôler ma peau avec ses lèvres qu'il faisait naître en moi des désirs que je n'avais jamais ressentis jusque là. Sa main droite est descendue sur mon sein, il continuait à déposer de petits baisers sur le bas de mon cou tout en descendant vers ma poitrine. J’avais glissé ma main dans sa chevelure et ma respiration s’était faite haletante.
Tout à coup, son étreinte se relâcha et il me glissa « bonne nuit » au creux de l'oreille. Il sortit avec un petit sourire en coin.
Une fois rentrée dans ma chambre, chose très difficile à faire car mes jambes tremblaient d’excitation, je me suis déshabillée et me suis glissée sous les couvertures. Je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Je pensais sans cesse à ce que Philippe m'avait dit lorsque nous étions dans la baignoire, aux baisers que l'on avait échangés, à sa langue, à ses doigts brûlants sur ma peau. Ça suffisait à rallumer ce feu en moi. Ce n'était pas possible que quelqu'un comme lui soit tombé amoureux de moi. Je me suis finalement endormie aux petites heures du matin après avoir retourné tous les évènements de la veille dans ma tête et après avoir réussi à me calmer, chose très difficile à faire lorsque l’on est frustré.

Le lendemain matin, j'ai réveillé Philippe et je l'ai aidé à se préparer pour aller à Versailles. J'ai juste eu droit à un rapide bonjour, un baiser sur la joue et puis il est parti comme un ouragan.
J'étais un peu triste, je me suis dit que j'avais dû rêver ce qui s’était passé entre nous. Je devais me faire beaucoup trop d'idées. Après tout, qu'est-ce que quelqu'un de son rang ferait avec moi, pauvre Parisienne ? Peut-être à la limite pensait-il juste au sexe ? Je savais que pas mal de nobles trouvaient du plaisir à se satisfaire sexuellement avec des bonnes ou des femmes de la rue.
Il était parti rendre visite à son oncle. Les nouvelles de la guerre l'intéressaient énormément. Il ne voulait pas forcément y participer mais il trouvait cela utile de se tenir au courant de l'actualité. En plus, il voulait rendre une brève visite à son ami Maximilien. C’était le seul vrai ami qu’il avait, hormis moi, et qui faisait partie de la noblesse. Il m’en parlait fréquemment et j’avais l’impression de le connaître même si je ne l’avais jamais vu. Il était avocat et Philippe m’avait dit que c’était un homme bien, que si jamais un jour j’avais un souci, il serait là pour moi aussi. Parfois, quand il partait voir son ami, il emmenait un petit coffret avec lui. Je ne savais pas à quoi cela servait et je ne lui ai jamais posé la question.

Quand il est revenu, j'étais dans l'écurie en train de donner à boire à Nuage. Il est arrivé par derrière sans faire de bruit et m'a prise dans ses bras. Comme je ne m'attendais pas à cela, j'ai lâché le seau d'eau qui s’est renversé à mes pieds et a mouillé le bas de ma robe.
«  Tu m'as fait peur ! Tu pourrais te faire entendre quand tu arrives.
Il m'a regardée puis a rigolé.
-    J'adore quand tu t'énerves, tu es encore plus sexy » m'a-t-il lancé.
Il m'a pris la main et m'a emmenée vers le tas de paille. Nous nous sommes allongés et il m'a raconté ce qu'il avait fait à la capitale et à Versailles. Je l’écoutais avec attention, il avait toujours une manière particulière de raconter ses histoires qui rendait les choses, même insignifiantes, intéressantes.
Je me suis rendue compte en l’écoutant et en le regardant que mon cœur battait toujours plus fort quand il était près de moi. En fait, je l'aimais depuis longtemps, très longtemps et bien plus qu'un simple ami. Mais je refusais de l’admettre de peur d’être rejetée à cause de notre différence de rang.
Il s'est rapproché de moi et m'a embrassée. Il m’a poussée contre la paille pour que je sois complètement allongée. Il s’était mis sur moi et j’avais écarté instinctivement mes jambes pour qu’il soit plus à l’aise. Ses lèvres se promenaient dans mon cou et il les fit descendre jusqu'à ma poitrine.
« J'ai tellement envie de toi, Jori que ça me rend fou.»
Ça, je le sentais très bien. Il avait mis sa main sur mon sein.
-    S'il te plaît, arrête, Philippe ! On ne peut pas.
-    Pourquoi ? Tu n’aimes pas ?
-    Bien sûr que si que j’aime quand tu me touches, là n'est pas la question. Moi aussi, j'ai envie de toi. J'adore tes caresses. Tu fais frémir mon corps entier. Mais je ne peux pas. Rien qu’à l’idée que dans quelques temps ta famille te mariera à quelqu’un de ton rang, j’en suis triste à mourir. Franchement, j’envie cette personne car je suis sûre que tu la rendras aussi heureuse que je l’ai été toutes ces années à tes côtés. Je me dis que je devrais peut-être me réserver pour mon futur mari.
Une larme roula sur ma joue. Il l’essuya avec son index.
-    Et si j’étais ton futur mari ?
Je le regardais abasourdie, avais-je bien entendu ?
-    Il n'est pas question que je me marie avec une de ces précieuses poupées qu'on trouve dans la noblesse. Je ne veux que toi, Joriandre. Est-ce que tu voudrais devenir ma femme ? »
Ses yeux brillaient d’excitation.
J'ai accepté sans trop réfléchir tout en sachant très bien que c'était impossible. Et il m'a serrée dans ses bras. Nous étions les personnes les plus heureuses de la terre. Nous étions couchés l'un contre l'autre, lui sur le dos et moi sur mon côté. J'avais mis ma jambe entre les siennes et avec ma main droite, je caressais sa poitrine. Sa peau était douce, chaude, j’adorais la sensation de ses poils sur la paume de ma main. Je n’avais qu’une seule envie : descendre ma main bien plus bas, dans son pantalon, là où j’apercevais à nouveau cette bosse, mais intérieurement, je priais pour que Madame La Comtesse n’arrive pas dans l’écurie et nous surprenne ainsi enlacés.
Nous faisions des projets pour notre futur. Il voulait au moins trois enfants et il avait déjà projeté de s'installer dans la campagne parisienne. Comme cela, nous serions proches de la capitale tout en n'y vivant pas. Le seul obstacle qu'il restait à franchir étaient les parents de Philippe, autant dire un problème pratiquement insurmontable.
Il m'a dit qu'il irait demander ma main à mon père dans une quinzaine de jours. Il m'a même glissé à l'oreille qu'il avait trouvé une maison beaucoup plus grande pour lui et ma famille. J'étais tellement heureuse à l'idée qu'ils allaient enfin avoir un peu d'espace pour vivre tranquillement.

L'heure du dîner approchait alors nous sommes rentrés. Les autres étaient déjà à table lorsque nous sommes arrivés dans la cuisine. Dès que le repas fut terminé, nous nous sommes installés confortablement dans le bureau. J’ai repris le livre que j’avais commencé à lire la veille dans la bibliothèque pendant que Philippe lisait le journal. J’allais continuer ma lecture de « Candide » de Voltaire quand Madame la Comtesse est entrée dans la pièce sans même se donner la peine de frapper à la porte et a demandé à mon ami de la suivre. Il s'est levé et est sorti de la pièce en traînant les pieds. Elle l'a emmené dans la salle de séjour pour discuter. Son mari était là aussi et comme d'habitude il ne disait rien.
Il préférait se laisser dominer par sa femme. Marie-Louise (c'était le prénom de la comtesse) prit donc la parole.
«  J'ai quelque chose à vous annoncer, mon cher fils et je voudrais que vous ne m'interrompiez pas pour une fois. Vous êtes un homme à présent et il faudrait songer à vous marier. Votre père et moi vous avons laissé assez de temps pour batifoler, vous auriez déjà dû être marié depuis un moment et avoir donné des héritiers à notre famille. Pour cela, nous vous avons choisi une charmante jeune fille, bien éduquée. Elle s'appelle Henriette et aura bientôt quinze ans. Je sais que c'est jeune mais nous avons fixé la date de votre mariage au 15 septembre de l'année prochaine, soit le jour de son seizième anniversaire, ainsi vous aurez largement le temps de faire connaissance. Je suis sûre que vous formerez un couple charmant. Alors qu'en pensez-vous ?
-    Que c'est ridicule, répondit Philippe, je n'épouserai pas cette fille parce que j'ai déjà choisi ma future épouse. En plus, vous connaissant, elle doit certainement avoir le même style de caractère que vous et je ne me marierai jamais avec quelqu'un qui pourrait vous ressembler, Mère. Je préfère encore mourir et aller pourrir en enfer.
-    Peu importe votre opinion, vous l'épouserez et c'est un ordre. Ses parents vous la présenteront demain. J'espère que vous saurez vous tenir. En attendant, vous pouvez retourner faire la lecture à votre putain de boniche.
-    Ma putain de boniche comme vous l’appelez vaut un milliard de fois plus que vous, vous ne lui arriverez jamais à la cheville. »

Philippe sortit de la pièce en colère et en claquant la porte. S'il avait pu, il aurait tué sa mère. Il est ensuite revenu au bureau où je l'attendais impatiemment. A sa mine défaite, je savais que quelque chose ne tournait pas rond.
«  Qu'est-ce qui se passe Philippe ?
-    Je t'expliquerai demain. Pour l'instant, je vais dans ma chambre. J'ai besoin de réfléchir. »
Il m'a embrassée sur les lèvres, m'a dit qu'il m'aimait et est sorti. Je n'avais pas l'esprit tranquille quand je me suis couchée. Je n’aimais pas quand il était dans cet état-là et qu’il ne voulait pas parler.

Je me suis levée à l'aube comme chaque jour. J'aimais beaucoup regarder le soleil qui se levait car il brillait souvent de mille couleurs. J’ai vite enfilé une robe de couleur vieux rose avec des manches longues, le décolleté qui était très plongeant était dissimulé en partie par de la dentelle. Je me suis alors rendue à l'écurie pour m'occuper de mon beau cheval noir. Philippe m'avait proposé de l'accoupler avec une superbe jument, ce que nous avions fait et il m'avait promis de me donner le poulain qui naîtrait prochainement.
Pierre m'a rejointe et m'a dit que François l'envoyait me prévenir que je ne devais pas me déplacer pour réveiller le maître. Il le ferait lui-même. Philippe voulait dormir plus longtemps. Je trouvais ça très bizarre, d’habitude, il était le premier à vouloir se lever.
Vers 11 heures, alors que je terminais d'abreuver les chevaux, Philippe est entré dans l'écurie avec pendue à son bras une gamine aux longs cheveux noirs habillée comme une poupée. Elle avait une robe magnifique en soie rose avec des broderies et des perles qui la décoraient. Son décolleté laissait entrevoir une poitrine minuscule comparée à la mienne. Philippe n’avait pas encore refermé les portes de l’écurie que je l'entendais déjà râler. On aurait dit la mère de Philippe en modèle réduit. Mon cœur s’est serré dans ma poitrine. La jalousie m’étreignait, j’avais envie de la réduire en charpie. Comment osait-elle toucher Philippe ?
«  Mais que fait-on dans l'écurie Philippe, alors que Père et Mère nous attendent dans la salle de séjour ?
-    Henriette, fermez-la tant que je ne vous dis pas de parler. »
Il ne m'a fallu que quelques secondes pour comprendre que sa mère lui infligeait une future épouse à la façon dont il lui parlait. Je ne l’avais jamais vu aussi méchant sauf avec sa mère.
Il la prit par les bras et la fit asseoir de force sur le tas de foin. Il la regardait avec un air menaçant.
«  Vous vous asseyez là et vous ne bougez pas, sinon je vous mets la fessée de votre vie. C’est moi le maître ici et je ne supporte pas qu’on me désobéisse. »
La pauvre gamine avait l'air intimidée voire terrorisée. Ça lui allait bien de jouer au méchant.
Il est venu près de moi. De là où elle était, elle ne pouvait pas nous voir à cause de la palissade. Je n'avais jamais vu Philippe aussi débraillé. Il avait mis un pantalon qui n'était pas très propre, celui qu'il mettait pour monter à cheval et qui était constellé de traces en tout genre et sa chemise blanche qui était pleine de taches douteuses était restée ouverte sur sa poitrine légèrement velue.
En plus, elle pendait en dehors de son pantalon. Il n'avait même pas pris la peine de se raser. Vu sa tenue, j'étais certaine qu'il faisait tout pour que cette charmante personne prenne ses jambes à son cou. Mais moi, il me plaisait aussi ainsi. Il avait un air un peu bestial. J’avais envie de passer ma main sur sa barbe naissante avant de lui arracher ses vêtements.
Arrivé à ma hauteur, il m'a prise dans ses bras et m'a embrassée.
«  Quand je ne suis pas avec toi, tu me manques toujours tellement. »
Il m'a expliqué l'idée de sa mère et m'a juré qu'il trouverait un moyen pour qu'on reste à deux pour la vie. Nous avons sellé les chevaux et nous sommes partis nous promener dans les bois et la campagne environnante en laissant Henriette seule à l’écurie. Il avait emmené une couverture et nous avons passé l'après-midi à pique-niquer et à discuter soit main dans la main en nous promenant, soit allongés l’un contre l’autre sur la couverture.

J’avais fermé les yeux et je laissais le soleil baigner mon visage tout en écoutant la voix de Philippe lorsque ses lèvres se sont posées sur les miennes. Doucement d’abord puis il glissa sa langue dans ma bouche et caressa la mienne avidement. Il la suçait, me mordillait la lèvre inférieure avant de reprendre possession de ma bouche et de ma langue. Il envoyait des ondes de plaisir dans tout mon corps. J’avais l’impression que toutes les sensations qui m’envahissaient se dirigeaient vers mon bas ventre. J’avais posé la main sur son visage car j’aimais la sensation de sa barbe naissante sur mes doigts. Tout en m’embrassant, sa main s’était posée sur mon sein, il avait glissé ses doigts dans mon décolleté et avait sorti mon sein de ma robe. Il le malaxait, le soupesait, jouait avec le téton durci entre son pouce et son index. Je gémis dans sa bouche. Je savais ce qu’il voulait faire et je ne voulais plus l’arrêter. C’était lui que je voulais, il fallait qu’il soit le premier à poser ses mains sur moi. Il s’était mis sur moi et avait glissé ses jambes entre les miennes. Il relâcha ma bouche et se dirigea lentement vers mon sein en déposant une multitude de baiser sur le trajet entre mon cou et ma poitrine. Il s’empara de mon téton avec les dents et il suça le bout, le taquina avec sa langue, et puis de nouveau doucement avec les dents. J’aurais pu mourir de plaisir entre ses mains. Je sentais déjà mon ventre se contracter rien qu’à l’idée de ce qu’il me ferait bien plus bas. Une de ses mains avait d’ailleurs déjà trouvé le chemin sous ma robe. Il me caressait le genou et remontait doucement, tout doucement sa main le long de ma cuisse. Ses doigts trouvèrent mon entrejambe.
« Ma chérie, je crois que tu es déjà toute prête pour moi ! me chuchota-t-il à l’oreille. Il inséra un doigt et mon corps se cambra sous l’effet qu’il me procurait.
« Tu es si humide, si chaude, juste pour moi. »
Il le faisait glisser dedans, dehors, puis il taquinait mon clitoris, m’envoyant des décharges électriques dans tout le corps. Il se redressa un peu pour pouvoir enlever son pantalon. Je l’ai regardé dans les yeux, je me suis redressée et j’ai approché ma main de la fermeture. J’ai défait le lacet de son pantalon et j’ai caressé l’énorme bosse qu’il cachait. Un son rauque sortit de sa gorge et il retira d’un trait son pantalon libérant son sexe dressé d’une taille assez impressionnante. Je me demandais d’ailleurs comment il allait s’arranger pour faire rentrer tout ça. J’avais un peu peur mais je savais qu’il serait tendre avec moi. Je fis glisser ma main de haut en bas le long de son membre. Il était dur et tellement large que je n’arrivais pas à en faire le tour avec mes doigts mais sa peau était si douce surtout à son extrémité. J’ai approché ma tête et j’ai passé ma langue sur son gland. Je voulais le goûter. Il me regarda tout étonné de ce que j’osais faire. Puis je l’ai pris dans ma bouche et j’ai commencé à le sucer avidement. Il se mit à gémir tout en guidant le rythme de ma tête avec sa main. J’aimais son goût salé, et j’adorais la sensation que ça me procurait de le sentir profondément dans ma bouche. J’étais très contente de savoir que je pouvais lui faire énormément de bien. Je me sentais quelque part fière de moi.
Il stoppa soudainement ma tête. Je me demandais pourquoi il m’arrêtait, alors avec ma langue je taquinais le bout de son gland.
« Arrête Joriandre, si tu continues comme ça, je vais jouir dans ta bouche. 
-    Et ce n’est pas bien ? lui demandai-je un peu anxieuse à l’idée qu’il n’aimait pas ce que je lui faisais.
-    Oh si, ce serait même génial mais pour ta première fois, je voudrais vraiment m’enfoncer en toi et jouir en toi. »
Je l’ai regardé droit dans les yeux, il avait l’air à bout de souffle tellement il essayait de se contrôler. Je lui ai lancé un grand sourire. J’étais tellement heureuse en ce moment, de savoir qu’il serait bientôt en moi.
Il s’est alors jeté sur moi et m’a rallongée sur la couverture.
« Je me dois de te rendre la pareille mon amour. »
Il releva ma robe doucement et déposa plein de baisers le long de mes jambes en remontant vers mon bas-ventre. Je me suis soudain sentie gênée et exposée  à l’idée qu’il allait mettre la langue à cet endroit-là. J’avais envie de refermer les jambes mais sa tête était déjà entre mes cuisses et avant que je puisse dire quoi que ce soit il déposait un baiser sur ma toison. Puis sa tête s’est dirigée un peu plus bas, sa langue me caressait à l’endroit le plus sensible de mon anatomie. Je ne pus m’empêcher de gémir. Il avait réinséré un doigt entre mes lèvres humides et titillait mon clitoris avec sa langue. Une tension à laquelle je n’étais pas habituée s’accumulait en moi, je me sentais prête à exploser et effectivement, j’étais tellement sensible qu’il ne lui a fallu que quelques coups de langue pour me faire atteindre l’orgasme. C’était la première fois que je ressentais quelque chose comme ça, mon corps entier était secoué par des spasmes. Je ne pouvais pas m’empêcher de pousser des petits cris et j’avais mis ma main sur ma poitrine pour calmer les battements de mon cœur et reprendre mon souffle. Philippe s’est placé entre mes jambes sans que je m’en rende vraiment compte, il a approché sa bouche de mon oreille et m’a chuchoté :
« Si tu savais ce que ça me fait quand tu cries comme ça pour moi. 
Il était en appui sur ses coudes.
-    Mets tes jambes autour de ma taille. »
Je me suis exécutée au plus vite, j’avais tellement envie de plus, envie de le sentir au plus profond de moi mais en même temps, j’avais un peu peur de ces sensations divines que je n’avais jamais éprouvées et qui étaient nouvelles pour moi. J’étais aussi un peu effrayée car je savais, vu la taille du membre de Philippe, que ce qui allait suivre ne serait pas sans douleur.
Il a déposé plein de baisers partout sur mon visage, pendant qu’il se positionnait correctement à l’entrée de mon point le plus chaud et le plus humide. Il se glissa juste un peu en moi avant d’être tout de suite arrêté par la barrière de mon hymen.
« Tu es sûre de ce que tu veux mon amour ? Après il sera trop tard pour m’arrêter, on ne pourra plus revenir en arrière.
-    Oh oui Philippe, je veux être à toi. Je veux te sentir en moi. Viens s’il te plaît. »
J’avais passé mes bras autour de son cou.
Il m’embrassa passionnément, sauvagement, il mordilla ma lèvre inférieure avant de reprendre possession de ma bouche avec sa langue pour me distraire et il me pénétra d’un coup de reins puissant. J’ai resserré l’étau de mes jambes et de mes bras autour de lui. Mon petit cri de douleur se perdit dans sa bouche au moment où mon hymen se déchira. Il s’immobilisa. Il attendait que mon corps s’habitue à la présence du sien à l’intérieur. Il me remplissait pleinement. Puis il s’est mis à se mouvoir entre mes cuisses très lentement d’abord pour s’assurer qu’il ne me faisait pas mal. Lorsqu’il vit à mon expression que la douleur avait disparu, il accéléra la cadence jusqu’à ce que j’atteigne à nouveau l’orgasme. Pendant que mon corps se calmait des secousses déclenchées par ma jouissance, Philippe s’enfonça encore deux fois très profondément en moi avant de s’immobiliser ayant trouvé sa libération et se déversant en moi en poussant un petit son guttural qui me fit frissonner. Il avait posé son front sur le mien et me regardait avec un énorme sourire et plein d’amour dans le regard. Nous étions tous les deux essoufflés tellement c’était intense.
« Ça va mon amour ? Ce n’est pas trop douloureux ?
-    Non, ne t’inquiète pas, c’était waow. Je n’ai pas de mot pour décrire ça. On recommence quand tu veux.
-    Dans cinq minutes  alors, le temps que je récupère un peu. Tu m’as mis en appétit. »
Et il s’est à nouveau jeté sur moi un sourire coquin au coin des lèvres et a recommencé à me caresser et à m’embrasser.

Quand nous sommes rentrés, il était déjà l'heure du dîner et cette chère Henriette et ses parents étaient repartis à notre grand bonheur.
Nous étions en train de manger quand la mère de Philippe a brusquement ouvert la porte de la cuisine. Tous les domestiques se sont levés sauf Philippe et moi.
« Eh bien mon fils, auriez-vous oublié la politesse ?
-    Non, Mère. Je ne me lève que pour les personnes que je respecte. Et vous n'en faites pas partie. Alors dépêchez-vous de cracher votre venin que nous puissions terminer notre repas tranquillement.
-    Très bien, lança-t-elle, votre date de mariage est fixée comme prévu au 15 septembre de l’année prochaine. Peu importe votre tenue d'aujourd'hui car vous n'avez pas réussi à la faire fuir. J'ai arrangé l'affaire avec ses parents.
-    Je n'accepterai qu'à une seule condition, Mère. (Je le regardais incrédule) Je veux qu'on me construise une petite demeure à mi-chemin entre Versailles et Paris où je vivrai seul avec mes domestiques jusqu'à l'année prochaine sans jamais voir une seule fois la tête d'Henriette. Si vous n'êtes pas d'accord, vous pouvez faire une croix sur le mariage parce que j'utiliserai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce mariage n'ait jamais lieu. Et s'il le faut j'irai jusqu’ à me tuer pour ça ou mieux encore, tout simplement la tuer car je suis certain que ce ne sera pas une grande perte pour la France. Encore une petite chose, Mère, la maison doit être prête pour la fin du mois de mai. »
Madame la Comtesse sortit contrariée et humiliée de la pièce par ce fils qui osait lui tenir tête. Le fait qu'elle n'ait pas répondu signifiait que Philippe aurait ce qu'il avait demandé.
Je me demandais où il voulait en venir avec cet ultimatum qui ne m’avait franchement pas plu du tout et il m'a expliqué que c'était un moyen de gagner du temps. De toute façon, ultimatum accepté ou pas, il ne comptait pas épouser cette petite peste d’Henriette. Il préférait mourir plutôt que de devoir supporter toute sa vie une personne comme elle, fausse, hautaine et qui ressemblait si fort à sa propre mère. Pour couronner le tout, elle avait un petit pois à la place du cerveau et Philippe adorait discuter d’égal à égal et échanger des points de vue. Elle était totalement incompatible avec lui.

Le lendemain matin, il est parti à la recherche d'un terrain pour bâtir notre petite maison. Et il a trouvé un superbe coin pour deux jeunes mariés qui veulent leur tranquillité. Il y avait un bois à proximité et partout ailleurs ce n'étaient que des champs à perte de vue. Les travaux ont commencé dès le lendemain de l’achat du terrain et évidemment ils étaient très nombreux à travailler sur ce bâtiment. Madame La Comtesse voulait tellement que son fils s’en tienne à sa promesse qu’elle honorerait le délai imparti. Ils avaient un peu moins de deux mois pour finaliser la construction. Philippe a jeté un coup d'œil aux plans, a donné son approbation et le tour était joué. D'après les ouvriers, la maison serait achevée sans problème pour la fin mai.

Le 17 avril au matin, alors que j'étais à la cuisine occupée à discuter avec Catherine, Philippe est passé en coup de vent. Il m'a attrapé la main et m'a emmenée dehors.
« Où va-t-on Philippe ? Tu as l’air bien pressé.
-    Tu le verras quand on y sera, mon amour. »
Il m'a aidée à grimper sur Eden tout en prenant un malin plaisir à me caresser les fesses et est monté derrière moi.
« Pourquoi est-ce que je ne prends pas Nuage ? Je sais parfaitement monter à cheval.
-    Parce que j'adore t'avoir entre mes bras pour t'embrasser la nuque ou encore te faire ce genre de choses.
Il me colla à sa poitrine et glissa sa main dans mon corset. Il me caressa le sein avant de prendre mon téton durci entre son pouce et son index. Mon corps réagissait à une vitesse folle. Il était affamé de ses caresses. Il le titillait et je sentais son excitation grandir contre mes fesses. Je me pressais davantage contre son entrejambe. Il gémit et chuchota à mon oreille :
« Si tu savais ce que j’ai envie de te faire mon amour mais c’est dommage qu’on soit pressé, sinon je m’arrêterais bien dans un bois pour t’emmener au Paradis. »

Eden galopait tellement vite que mes cheveux partaient dans tous les sens. Je n'avais même pas eu le temps de les attacher. Arrivés à Paris, quand j'ai vu la direction qu'il avait prise, j'ai tout de suite su qu'on allait voir mon père. Une charrette attendait devant la porte de la maison et tous mes frères et sœurs  le regardaient et tournaient autour. Nous sommes descendus de cheval et quand les enfants nous ont vus, ils se sont précipités vers nous en criant. En entendant le vacarme, mon père est sorti pour voir ce qui se passait. Philippe s'est approché de lui et l'a salué.
« Monsieur, si je viens vous voir aujourd'hui, c'est parce que j'ai l'immense honneur de vous demander la main de votre fille aînée. Dans l'espoir de vous avoir pour beau-père et afin que vous sachiez toute l’estime que j’ai pour vous, je voudrais que vous acceptiez ce petit cadeau.
Et il lui tendit une clef.
-   Tous les cadeaux du monde ne pourront acheter ma fille, jeune homme.  Elle est libre de choisir l'homme qu'elle épousera et je me contenterai de bénir son union. Il se tourna vers moi. C'est lui que tu as choisi, Joriandre ?
Je lui ai fait signe oui avec la tête un immense sourire aux lèvres.
-   Dans ce cas, a-t-il repris, je vous confie ma fille. Prenez-en bien soin. Elle est ce que j'ai de plus cher.
-    Je n'y manquerai pas, Monsieur. »
Philippe a donné la clef à mon père et lui a dit de monter dans la charrette avec les enfants.
Nous sommes ressortis de Paris en direction de Suresnes. Nous nous sommes arrêtés devant une jolie petite maison de campagne. Philippe l'a montrée du doigt et a lancé à mon père:
« Elle est à vous, ainsi que ces quelques hectares de terre que vous pourrez utiliser comme bon vous semble. »
Il a donné quelques ordres à l’homme qui conduisait l’attelage et puis nous les avons laissés admirer la maison à leur aise. Mon père était tellement heureux qu'il avait les larmes aux yeux. Le cocher les reconduirait et les aiderait à transférer leurs affaires.

Avant de rentrer chez lui, Philippe m'a emmenée voir où nous habiterions. Le terrain se trouvait plus ou moins à la même distance entre Suresnes, Versailles et Paris. Il était vraiment bien situé. Cela faisait presque 15 jours que les ouvriers avaient commencé le travail. La construction progressait petit à petit. Nous pourrions emménager dans les temps.

Nous sommes ensuite rentrés chez ses parents. Quand nous sommes arrivés, il m'a dit de monter et de l'attendre dans sa chambre. Il est revenu quelques instants plus tard avec Catherine. Elle avait en main une superbe robe rouge qu'elle avait confectionnée pour une grande occasion. Elle la déposa dans les bras de Philippe et sortit. Il se tourna vers moi.
« Prends les chaussures sous le lit, une brosse à cheveux et viens avec moi. Je t'expliquerai en chemin. Nous allons essayer de changer les plans de ma mère. » Il arborait un petit sourire machiavélique.
Je me suis exécutée et je l'ai suivi jusqu'à l'écurie.

jeudi 9 mai 2013

Joriandre Carpe Noctem chapitre 2


Voilà en avant-goût le deuxième chapitre de mon roman. Bonne lecture !


Chapitre 2

Mon père essaya de s'opposer au soldat, mais c'était inutile. J'avais tellement peur qu'il en vienne aux mains pour me défendre que je me suis interposée entre eux.
« Ça suffit, père. Je suis sûre que je ne risque rien. Je n’ai rien fait de mal. Je vais le suivre. »
Je le regardais avec un air brave mais au fond de moi-même, je n’étais pas à l’aise. Je me demandais ce que j’avais pu faire pour qu’un garde royal se déplace pour moi mais un ordre était un ordre pour le soldat et même si je ne m'étais rendue coupable d'aucun crime, je n'avais pas le choix. Si je ne le suivais pas, j’avais peur qu’il emmène toute ma famille et dans un sens, je ne me sentais pas menacée du tout par cet officier.
J'ai donc embrassé mon père et je l'ai rassuré comme je pouvais. J'ai fait quelques recommandations aux enfants et j'ai suivi le soldat à l'extérieur.
En silence, il m'a aidée à grimper sur son cheval, m'a mis un manteau sur les épaules avant de s’installer derrière moi et nous nous sommes éloignés lentement. C'était la première fois que je montais à cheval et je peux vous assurer que je n’en menais pas large. C'est alors que le garde commença à me parler et me rassura.
«  Eh bien, il a l'air coriace ton père ! J’ai bien pensé que je devrais utiliser la force pour t’amener dehors. Je m'appelle Hadrien et je suis l'oncle de Philippe. N’aie pas peur, je t’emmène chez lui, tu es conviée d’une certaine manière à son anniversaire. »
Nous avons discuté tout le long du trajet. Il était en fait le jeune frère du père de Philippe. En y regardant de plus près, je me suis aperçue que l'oncle et le neveu avaient quelques points communs et je retrouvais des traits de Philippe chez lui. Ils avaient ce même sourire amical et chaleureux qui mettait les gens tout de suite à l'aise et les même yeux. Par contre il avait les cheveux blonds foncés et bouclés qui lui donnaient un air angélique mais je suis certaine que sur un champ de bataille, il était loin de l’être.
Il m'a expliqué que toute cette mise en scène pour m'amener chez mon ami était due au fait que Philippe était interdit de sortie vu qu’il était censé fêter son anniversaire au château de Suresnes et sa mère ne voulait pas le laisser venir me chercher. Elle ne savait pas que son fils avait une amie qui faisait partie de ma classe sociale. Elle avait vaguement entendu que Philippe voulait voir quelqu’un du petit peuple pour son anniversaire et avait envoyé Hadrien pour être sûre que je ne rentre pas par la porte principale. Sur le moment, je n’ai pas compris moi-même pourquoi il voulait me voir chez lui alors que je me souvenais très bien le regard de dédain que sa mère m’avait lancé la première fois que je l’avais vue. Pour elle, nous étions tous des voleurs, des moins que rien. Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Hadrien, lui, par contre se fichait pas mal de savoir d'où les gens venaient. Nous étions tous égaux à ses yeux. Et il m'a avoué qu'il connaissait des gens de la noblesse qui étaient parfois bien plus fourbes et vicieux que le pire des bandits du peuple. La différence, c'était que le pauvre petit criminel était exécuté et que le noble était dans certains cas blâmé pour sa faute et parfois enfermé un moment à la Bastille. C'était plutôt rare qu'il se fasse condamner à mort et même dans ces cas-là, il avait encore un régime de faveur. La décapitation à la hache à la place d'une pendaison, d'un écartèlement ou d'un petit tour de roue.

Nous avons quitté le centre de Paris et nous nous sommes engagés dans la campagne avoisinante de Suresnes. Au bout de cinq minutes, une immense bâtisse s'est imposée à nous. Nous nous sommes arrêtés. C'était une immense maison. Les façades étaient dans le style de Versailles mais en plus petit bien sûr, le tout entouré de terres, de prairies et d'arbres. C’était un endroit magnifique, calme et enchanteur.
Hadrien est descendu de cheval et m’a tendu les bras pour m’aider à regagner la terre ferme. Il était galant même avec quelqu’un comme moi et j’en étais ravie. Il m’a attrapé la main et m’a dirigée vers l’arrière de la bâtisse. Mon ami m'attendait impatiemment vu le sourire qui parcourut son visage quand il m’aperçut. Il m'a accueillie chaleureusement et m'a fait rentrer. J’étais glacée après avoir traversé Paris à cheval. La température dehors devait avoisiner les     - 10°C.  Philippe a tout de suite remarqué que je claquais un peu des dents et m’a dirigée vers ce que je suppose était la cuisine car il y avait une grande table au milieu de la pièce et tout un tas de marmites, de casseroles et d’accessoires pour cuisiner étaient soigneusement rangés dans un coin. Il a tiré deux chaises et les a installées juste à côté de l’immense cheminée qui décorait une des extrémités de la cuisine. Il m’a invitée à m’asseoir. Les flammes qui dansaient dans l’âtre me réchauffaient et je me sentais attirée par cette douce chaleur. Je me suis aperçue que j’avais été distraite lorsque Philippe se racla la gorge pour attirer mon attention. Il m'expliqua alors la raison de  ma présence chez lui.
« Tu m'as dit, il y a quelques temps que tu cherchais un travail pas trop mal payé. Eh bien, je t'en ai trouvé un, Jori, grâce à mon anniversaire. Comme mes parents ne pouvaient rien me refuser, je leur ai dit que je voulais une femme de chambre pour moi seul et que je l'avais déjà choisie. J'espère que tu es d'accord. Je leur ai dit que tu étais hautement qualifiée pour le travail et que j’avais toute confiance en toi. Tu te rends compte, je n'aurai même plus besoin de prétextes pour te rejoindre. On se verra tous les jours et ta famille sera à l’abri. Tu seras payée et en même temps tu seras logée et nourrie.»
J'allais ouvrir la bouche pour protester au moment où sa mère entra dans la pièce. Cela faisait plusieurs années que je ne l'avais pas vue, mais elle avait toujours l'air aussi sévère, aussi hautaine. En son for intérieur, elle pensait: «Moi, je suis Comtesse et vous, vous n'êtes que de la merde » et elle l’affichait sur son visage. Ce genre de personne m'exaspérait. Elle était un vrai livre ouvert.
« Alors, mon fils, avez-vous déjà donné vos ordres à votre nouveau jouet ?
-    Juste le nécessaire, Mère. Elle devra obéir à mes ordres, et seulement les miens, pas les vôtres. Elle est à moi. Encore une chose, Mère, vous ne la punirez jamais, ce sera mon privilège. Puis-je maintenant continuer ma discussion en privé avec la jeune demoiselle afin qu'elle sache ce que j'attends d'elle ?
-    Vous continuerez plus tard, les invités vous attendent.
-    Vous n’avez qu’à leur dire que je suis indisposé, de toute façon, ce ne sont pas mes invités mais les vôtres. Et je n’ai franchement pas envie de les honorer de ma présence, donc si vous voulez bien me laisser, mère ! »
J’étais étonnée de la manière dont il tenait tête à sa mère et le plus amusant, c’est que sa chère maman tourna les talons et partit l'air froissée.
Je me suis tournée vers lui afin de continuer notre discussion car même ce petit incident n’arrivait pas à diminuer la colère que je ressentais.
« Il n'est pas question que je serve de jouet, ni à toi, ni à personne d'autre. Je ne suis pas un objet dont on peut disposer à sa guise. Je suis un être humain au cas où tu ne l’aurais pas remarqué.
J’étais vraiment exaspérée. Comment pouvait-il me traiter de la sorte ?
-    Ne t'occupe pas de ce que ma mère raconte. Tu ne seras jamais un jouet pour moi, tu le sais bien. Je t'aime trop pour ça. Tu es ma meilleure et ma seule amie. J’ai juste un autre très bon ami masculin mais j’ai tellement envie d’être toujours avec toi, il n’y a qu’avec toi que je me sente si bien et que je peux être moi-même,  je pensais que ça pourrait être amusant d’être à deux sans devoir se cacher de ma famille. Imagine tous les bons moments qu’on pourrait passer et tout ce que je pourrais t’apprendre avec tout ce qu’il y a ici. Je pense sérieusement que tu devrais y réfléchir mais tu es libre de ton choix. Si tu veux refuser, tu peux. Je ne t’en tiendrai pas rigueur.
-    Tu aurais dû me prévenir surtout. Mon père était très inquiet et moi j’aurais pu me préparer psychologiquement à une rencontre avec ta mère.
-    Tu as raison, je m’excuse. C’est vrai que lorsqu’on n’a pas l’habitude, elle est assez effrayante » me dit-il avec un clin d’œil.
Et il se mit à rire. Comment pourrais-je lui en vouloir ?

Il m'expliqua dans les grandes lignes le travail que je devrais accomplir: laver son linge, ranger ses appartements, et l'accompagner quand il me le demanderait. Il me promit que nous irions ensemble voir mon père pour lui porter de l'argent. J'ai donc finalement accepté. Il sauta de joie et me prit dans ses bras.
« Je suis tellement content que tu aies accepté, c’est le plus beau cadeau que tu pouvais me faire. »
Il me redéposa, me prit par la main et me montra toute sa maison en évitant la grande salle où étaient rassemblés tous les nobles que sa mère avait invités.
Sa chambre était immense et très bien décorée. Un lit à baldaquin en chêne recouvert de draps rouges et d’une peau de bête trônait au centre de la pièce. Des bougeoirs en cristal ornaient les plafonds. Une immense cheminée allumée se situait face au pied du lit. Elle dispensait de la lumière et de la chaleur.
Quand il a ouvert la porte de la salle d'étude, je suis restée en extase devant elle. Deux immenses bibliothèques de quatre mètres de long couvraient les murs latéraux, tandis qu’un secrétaire à cylindre était installé contre le mur du fond près de la fenêtre. C'était la première fois que je voyais autant de livres en même temps.
« Tu pourras en lire autant que tu veux. Cette pièce t'est toujours ouverte, tu viens te servir quand tu en as envie. Pas besoin de demander la permission. Je sais que tu adores lire et comme ça quand je ne serai pas là, tu as de quoi passer le temps. C’est un excellent moyen de travailler sur ce que tu as appris avec moi. De plus, voici la clé du secrétaire, si jamais tu veux écrire, tu trouveras tout ce dont tu as besoin » me dit-il en me tendant une petite clé de bronze.
Nous nous sommes ensuite dirigés vers ce qu'il appelait la salle de jeux. C'était une pièce pleine d'épées et de fusils. Je l'aurais plutôt appelée la salle d'armes mais Philippe m'a expliqué que lorsqu'il était enfant, c'était là qu'il jouait. En plus, au centre de la pièce il y avait un énorme billard. Il avait appris avec son oncle à se servir de toutes les armes de la pièce et il en était très fier. Au ton de sa voix, je savais qu’il avait énormément d’admiration et d’affection pour Hadrien.

Ensuite, il m'emmena visiter mes propres appartements. MES appartements ? Avais-je bien entendu ? Je n’avais pas vraiment fait attention sur le fait que je resterais tout le temps avec lui dans son petit château. J’allais devoir quitter ma maison. Je m’arrêtais net. S’apercevant que je ne le suivais pas, Philippe se retourna vers moi.
« Quelque chose ne va pas, Jori ?
-    Non, ça va. Je viens juste de penser que j’allais quitter ma famille en quelque sorte.
-    Ne t’inquiète pas, on ira la voir souvent. Je ne vais pas t’enfermer dans une des tours du château, me dit-il en rigolant. Bien que l’idée soit assez attrayante. »
Je lui donnai une claque sur l’épaule.
« Ce n’est pas marrant ! »

Ma chambre était plutôt banale, mais tellement grande par rapport à celle que je partageais avec mes frères et sœurs. Et elle était pour moi toute seule. Le lit aussi était immense, on pouvait dormir à deux dedans, moi qui étais habituée à une paillasse au ras du sol, ça allait me changer. J’avais même une petite commode pour ranger mes affaires personnelles. Mais bon, je ne possédais que des vêtements donc j’aurais vite fait de tout déménager.
Pendant que j’admirais la pièce, Philippe frôla mon oreille avec sa bouche et me chuchota : « Tu pourras décorer cette pièce comme tu en as envie, si tu veux quoi que ce soit comme draps, tapisseries, dis-le moi et je te les offrirai. »
Je me suis retournée pour le regarder ébahie, je n’arrivais pas à croire ce que je venais d’entendre.

Après avoir parcouru pratiquement toute la maison, il me montra les écuries et l'étendue de terrain qui leur appartenait. On aurait encore pu construire quelques maisons comme la leur sur cette étendue. Il m'a expliqué ensuite que pendant une quinzaine de jours, nous aurions l'occasion de nous voir sans arrêt mais qu'après cette période, il commencerait sa formation de garde royal. En fait, il aurait un précepteur qui lui donnerait ses leçons à domicile mais il aurait moins de temps à me consacrer. En plus, il devrait parfois s'absenter de la journée. Quand nous avons eu fini de faire le tour de la propriété, il me prit par la main et m'emmena dans une pièce où trônait au centre une table couverte de tissus différents et de matériel de couture.
« Attends-moi  là, m'a-t-il dit, je reviens tout de suite. »
Il est revenu cinq minutes plus tard accompagné d'une jeune femme qui n'avait pas beaucoup plus de 20 ans. C'était la couturière de la maison. J’étais ébahie, ils avaient même quelqu’un pour leur fabriquer leurs vêtements. Ceci dit, elle ne travaillait pas qu’à cela, elle aidait aussi pour toutes les autres tâches ménagères.
Philippe lui a demandé de me faire de plus beaux vêtements et surtout plus chauds que ceux que je portais. Ensuite, il m'a dit de le rejoindre à l'écurie et a posé près de moi un manteau pour que je ne prenne pas froid. Il m’a laissée seule avec elle.
La couturière qui s'appelait Catherine avait des cheveux bruns jusqu’à l’épaule et des yeux vert foncé. Elle avait à peu près ma taille et avait des formes généreuses. Elle m’a demandé de me déshabiller pour pouvoir prendre mes mesures. J’étais un peu gênée, c’était la première fois que j’allais ôter mes vêtements devant une pure étrangère. Elle s’en est aperçue et a toute de suite essayé de me rassurer et de me mettre à l’aise en m’expliquant qu’elle avait l’habitude et avait déjà vu tous les membres de cette maison dans leur tenue d’Adam ou d’Eve. Elle m'a demandé quelle couleur je voulais pour mes robes. J'ai donc choisi d'en avoir une bleue et une brune pour commencer. Elle avait un sourire magnifique et semblait si gentille. Je sentais qu’on s’entendrait bien toutes les deux. Elle s'est mise tout de suite au travail et je suis sortie rejoindre Philippe.

Dans l'écurie, il y avait une quinzaine de chevaux plus magnifiques les uns que les autres. Je ne m’étais jamais approchée de tant d’animaux.  Mon ami m'a demandé de choisir celui qui me plaisait le plus.
Ils étaient tous si beaux que j'ai eu beaucoup de mal à me décider. J'ai finalement choisi un étalon qui possédait une superbe robe noire et sa crinière était de la même couleur. Je me suis approchée de lui et je lui ai tendu la main. Il a reniflé mes doigts avant de les lécher. Il était adorable.
Philippe a attrapé une selle et l’a attachée autour de l’abdomen de l’animal.
« C'est ton cheval. Je t'en fais cadeau et en prime, je t’apprendrai à le monter. »
J'étais si heureuse que je lui ai embrassé la joue et je me suis aperçue à ce moment que j'avais eu un geste déplacé envers mon « maître ». C’était la première fois que ma bouche entrait en contact avec sa peau, elle était douce et sentait un mélange d’épices, je n’avais qu’une envie, celle de recommencer aussi vite.
« Je suis désolée mais je suis si contente que je n'ai pas pu me retenir.
-    Ce n'est pas grave, me répondit-il un sourire aux lèvres, tu peux recommencer quand tu veux. 
-    D’accord.
Et je me suis à nouveau penchée vers lui pour lui embrasser la joue. Avant de le toucher, je l’ai regardé dans les yeux.
« Joyeux anniversaire Philippe ! »
Mes lèvres allaient toucher sa joue quand soudainement il tourna la tête et elles entrèrent en contact avec sa bouche. Ses lèvres étaient si douces mais fermes, je n’avais pas envie de rompre le contact mais j’avais peur que quelqu’un nous aperçoive et puis je ne pense pas que sa mère aurait apprécié, elle nous aurait tués. Je me suis finalement reculée et je l’ai regardé avec un petit air choqué. Lui me regardait avec un sourire ravi.
« Je suis désolé Joriandre, mais l’occasion était trop belle. Ne boude pas s’il te plaît ! »
Je n’osais pas lui avouer que j’avais adoré sentir sa bouche sur la mienne.
« C’était vraiment un magnifique cadeau d’anniversaire » rajouta-t-il.

Il est ensuite monté sur le dos du cheval et s’est penché pour m’attraper et m’installer entre ses bras, en amazone. Il m’a pris les mains et les a liées autour de sa taille. Cela me faisait un drôle d'effet de le serrer comme ça. Un sentiment de bien-être m'envahissait. Je me suis blottie contre lui, il sentait le tissu fraichement lavé, le savon et son corps avait une odeur particulière qui n’était qu’à lui et que j’adorais. Ma tête était posée contre sa poitrine, je pouvais deviner ses muscles sous ma joue. J’entendais les battements de son cœur. J’étais heureuse d’être avec lui. Il m'a annoncé qu'on allait rassurer mon père et lui donner une petite avance sur mon salaire.
Nous sommes donc repartis à cheval en direction de Paris. Le froid était beaucoup plus supportable avec un manteau en laine et son corps qui me protégeait du vent. Nous nous sommes arrêtés juste en face de ma maison.
Les deux aînés parmi les garçons, Emilien et Jean, s'amusaient dehors avec les jeunes enfants du voisin. Ils se couraient l’un après l’autre, ce qui les empêchait d’avoir trop froid. Quand ils m'ont vue, ils se sont précipités sur nous et Emilien s'est jeté dans mes bras.

«  Je savais qu'ils te relâcheraient. Tu es incapable de faire quoi que ce soit de mal. Tu ne vas plus repartir maintenant ? Hein, Jori ?
-    Je suis désolée, Emilien. Mais je ne suis que de passage. Je suis juste venue  vous voir un peu et puis je repars. »
Nous sommes rentrés et j'ai demandé à toute ma petite tribu de s'asseoir à table. Il n'y avait que six chaises mais tout le monde s'est installé comme il pouvait. Mon père s'était assis au bout de la table, face à moi. Emilie était sur les genoux de son jumeau Emilien. A côté d'eux, Marie tenait la petite dernière : Jeanne. Jean et Louis étaient assis bien sagement, quant à Paul et Antoine, ils se disputaient la dernière chaise. Philippe se tenait à mes côtés. Finalement, lorsque chacun a trouvé sa place, j'ai pu expliquer le but de ma visite.

J'ai annoncé à mon père que j'avais trouvé du travail chez mon ami et que l'argent que je gagnerais leur permettrait de vivre plus aisément. Je sentais une petite réticence chez lui et effectivement, il me demanda si ce n'était pas un travail dégradant et humiliant. Je l'ai rassuré en lui disant que je serais tout simplement la femme de chambre de Philippe. Mon père prit un air effrayé mais Philippe prit la parole avant qu’il ait eu le temps de dire quoi que ce soit.
« Ne vous inquiétez pas Monsieur, c’est un travail tout ce qu’il y a de plus honnête. Je ne vais pas la prostituer ni abuser d’elle. »
Seulement alors, je compris le pourquoi de cette discussion. Femme de chambre. Mon père pensait que Philippe allait m’utiliser de manière honteuse. Le rouge me monta aux joues, comment pouvait-il penser ça ? Philippe lui expliqua que j’aurais une chambre pour moi. Pour le rassurer, j’ai promis à mon père de venir le voir au moins une fois par mois et d'envoyer quelqu’un lui porter de l'argent chaque semaine. Ensuite je leur ai dit au revoir et j'ai expliqué à Marie qu'elle prenait ma place à la maison. Elle devrait accomplir toutes les tâches ménagères dont je m'occupais avant et surtout prendre bien soin de nos frères et sœurs. Elle a accepté et m’a promis que je serais fière d’elle. J’étais tellement heureuse de savoir qu’ils vivraient mieux et que quelqu’un continuerait à prendre soin d’eux à ma place. Je me sentais le cœur léger.

Nous avons alors repris la direction de la campagne. Il était à peine huit heures et il faisait nuit noire. Quand nous sommes arrivés, Philippe m'a aidée à descendre et m'a dit qu'on allait prendre notre repas. Apparemment tous les invités de Madame La Comtesse étaient rentrés chez eux car la maison était très calme. Nous nous sommes dirigés vers la salle à manger. Je l'ai attrapé par la manche de sa chemise.
« Tu ne comptes quand même pas me faire manger avec tes parents ?  Je te signale que je suis une domestique et que je dois manger à la cuisine avec les autres.
-    Il n'en est pas question, me répondit-il, je veux que tu prennes ton repas à ma table et si ça ne leur plaît pas, je m’en fiche complètement ! »
Je ne sais pas pourquoi mais je sentais que le ton allait monter entre Philippe et ses parents. Il était parfois très têtu.
Il poussa la porte et nous nous sommes retrouvés devant ses parents qui étaient attablés et qui n'attendaient plus que leur fils.
« Est-ce que nous pourrions savoir ce que cette jeune fille fait ici ? Ce n’est pas son tour de servir le dîner, lança sèchement sa mère.
-    Servir votre dîner n’est pas dans ses attributions et je veux qu'elle prenne ses repas avec moi.
-    Il n'en est pas question. Les domestiques vont avec les domestiques.
-    Est-ce votre dernier mot, Mère ? »
Elle répondit par l'affirmative.
«  Dans ce cas, je dînerai avec elle dans la cuisine. »
Il tourna les talons et m'emmena dans la cuisine. Lorsqu’il mit sa main sur la poignée de la porte, nous entendions encore les cris de sa mère qui le traitait de sale petit arrogant.
Nous sommes entrés dans la pièce et quand les domestiques ont vu le fils de leur maître, ils se sont tous levés de table.
« Vous pouvez vous rasseoir, leur a-t-il dit, j'ai décidé de dîner tous les jours avec vous à partir d'aujourd'hui. » 
Ils regardèrent Philippe avec étonnement. C'était certainement la première fois que le jeune maître prenait ses repas avec ses serviteurs.
Il a commencé à discuter avec toutes les personnes qui étaient à table et m'a présentée à tout le monde. Ils m'ont tous accueillie chaleureusement.
A côté de moi, je retrouvais Catherine, la petite couturière. Puis par ordre, en faisant le tour de la table, il y avait François, un homme d'une quarantaine d'années dont le peu de cheveux qui lui restait étaient noirs parsemés de blancs. Ensuite venait Pierre, un petit homme trapu aux cheveux gris et aux yeux bleus qui s’occupait des écuries. A côté de lui se tenait Raphaël, le mastodonte. Ce dernier mesurait pratiquement deux mètres, ce qui n'était pas rien à l'époque et possédait une carrure impressionnante. Et pour terminer, il y avait Sophie âgée d’une bonne trentaine d’années, blonde et très mince. Elle s’occupait souvent de faire le service pour Madame La Comtesse. Je la plaignais du fond du cœur de devoir toujours satisfaire ses exigences. D’ailleurs pendant le repas, elle s’est bien levée une vingtaine de fois pour répondre au son de la clochette que la comtesse agitait lorsqu’elle avait besoin de quelque chose.

Cela me faisait plaisir de savoir qu'il n'y avait que la mère de Philippe qui était antipathique dans cette maison. Je me suis sentie tout de suite à l’aise avec tout le monde. C’était un peu comme si je les connaissais tous depuis des années. Après le souper, nous sommes allés à l'écurie car Philippe voulait s'occuper un peu de ses chevaux préférés et il voulait par la même occasion me faire voir correctement le cheval qu'il m'avait donné. Il faisait noir comme dans un four mais les deux lanternes que Pierre nous avait données, nous éclairaient parfaitement. Il m'a montré son cheval. Il était tout blanc et sa crinière abondante était noire. Il répondait au doux nom d'Eden. Il m'a aussi expliqué quel genre de soins il fallait donner aux chevaux.
« De toute façon, ne t'inquiète pas, me dit-il, en général c'est Pierre qui s'occupe de ça pour nous. Mais quand tu as envie de le brosser, tu peux venir et le faire, il n'y a rien qui t'en empêche. Je lui dirai qu'il doit te laisser faire ce que tu veux. Et quand tu sauras le monter seule, tu pourras même te promener quand je ne suis pas là. »
Nous sommes allés voir mon étalon. Je me suis approchée de lui et je l'ai caressé. Il n'a pas fait le moindre mouvement, il se laissait toucher docilement comme s'il m'avait toujours connue. Philippe avait l'air étonné.
« Tu sais y faire avec les animaux. D'habitude, il est assez nerveux. »
Il m'a dit que je pouvais choisir le nom que je voulais car c'était un poulain et il n'avait pas encore trouvé le nom idéal pour lui.
Comme il était plutôt rapide, je l'ai appelé Nuage car lorsqu'on était sur son dos, on avait l'impression de voler. De plus, j’adorais regarder les nuages quand il faisait beau. J’aimais imaginer ce que leur forme pouvait représenter.

Nous n’avons pas trop traîné dehors à cause du froid et nous sommes vite rentrés. Philippe a alors décidé de prendre son bain. François a apporté la baignoire dans sa chambre face à la cheminée et s'est chargé de faire chauffer de l'eau. Ensuite il est parti demander à Sophie de bien vouloir venir pour le bain du jeune maître. Il est revenu cinq minutes après, prévenir Philippe que Sophie était occupée avec sa mère et que cette dernière avait répliqué qu'il n'avait qu'à se servir de sa nouvelle servante. Il m’a regardée un sourire gêné aux lèvres et m'a annoncé que j'allais devoir le baigner.
«  Après tout, m'a-t-il dit, tu as certainement déjà lavé un de tes frères.
-    Peut-être, mais ce n'est pas tout à fait la même chose » lui ai-je répondu en rougissant.
J’ai mis chauffer les serviettes de bain en face de la cheminée et pendant ce temps, François a rempli la baignoire de bois sur une hauteur d’environ 20 cm  et a ensuite amené plusieurs seaux d'eau chaude. Puis il est parti et m'a laissée seule avec Philippe.

Mon ami a d'abord enlevé sa bague et l'a posée sur la commode.
C'était un splendide anneau d'or assez épais avec sur le dessus un carré dans lequel était gravé un aigle posé sur une fleur de Lys. Il y avait quelque chose d’inscrit sur l’anneau d’or, trois mots latins: « Virtus, Animus, Honor ». Je l'ai probablement regardée avec trop d'insistance car mon ami m'a dit que c'était la bague qui se trouvait dans sa famille depuis plus de deux siècles et qu'elle se transmettait de génération en génération. C’est ce que Madame la Comtesse appelait le sceau familial. Elle servait à sceller les lettres personnelles des Comtes de Suresnes à l’aide de cire rouge. Les trois mots latins étaient en fait une sorte de devise. Cela signifiait: vertu, courage, honneur. Et cela faisait rire Philippe car son père ne possédait rien, ni vertu, ni courage, ni honneur. Quelle ironie ! Le sceau était passé entre ses mains l’année dernière lors de son 16ème anniversaire. Il était devenu par ce geste l’héritier officiel de la famille, en même temps,  Philippe était fils unique, fait assez rare à l’époque. Apparemment, Monsieur le Comte ne devait pas honorer très souvent la couche de son épouse.

Il s'est ensuite déshabillé. C'était la première fois que je voyais un garçon nu et qui n'était pas mon frère. J'ai senti le rouge me monter aux joues, lui par contre n'avait pas l'air gêné du tout. Il m'a expliqué que depuis qu'il était petit, on l'avait toujours lavé et pomponné chaque fois qu’il en avait ressenti le besoin. Je dois avouer qu'il avait un très beau corps. Sa musculature commençait à bien se dessiner. Il était plus proche de l’homme que de l’adolescent. Et j’essayais tant bien que mal de ne pas fixer mon regard sur ce qui se situait entre ses jambes.
Il s'est installé dans l'eau et j'ai commencé par lui laver les cheveux. Une fois bien rincés, je lui ai passé l'éponge sur son corps. Il avait fermé les yeux et avait l’air de profiter de ce moment de détente. Arrivée près de son intimité, je me suis arrêtée net. Je n’osais pas y toucher.
« Je suis désolée Philippe, mais je ne peux pas le faire. »
 Je lui ai tendu l'éponge.
«  Je préfère que ce soit toi qui le fasse. »
Il me l’a prise des mains et a continué lui-même.
« Je comprends que ça puisse être gênant pour toi, m’a-t-il dit, mais j’espère bien qu’un jour tu le feras ». Il me lança alors un énorme sourire et une lueur coquine passa dans ses yeux. Quand il a eu fini, je lui ai passé une serviette de tissu autour de la taille et j'ai commencé à lui frotter le dos. Son corps n’était pas tout à fait formé comme celui d’un adulte mais on pouvait s'apercevoir qu’il n’y en aurait plus pour longtemps. De fins poils commençaient déjà à parsemer son torse. Et j’adorais cette ombre qui se dessinait le long de sa mâchoire quand il avait une barbe de quelques jours. J’avais envie de promener mes doigts dessus pour tester sa dureté. Pour mon époque, c’était déjà un homme.

Les deux semaines de congé de Philippe passèrent très vite. Le matin, je rangeais ses appartements et il m'apprenait à monter à cheval. A midi, il mangeait avec sa famille par pure politesse et souvent au bout d’un quart d’heure, il avait tout avalé. Une fois le repas terminé, il me rejoignait et nous allions nous promener dans les alentours en discutant soit à pied, soit à cheval.  Nous parlions un peu de tout, mais son sujet favori du moment était l’enseignement militaire qu’il allait recevoir. Ensuite, nous dorlotions un peu nos chevaux jusqu'au dîner que nous prenions ensemble. Puis nous nous installions dans la salle d'étude. Il s'asseyait dans le fauteuil qu’il avait fait installer près du secrétaire et moi, sur le tapis à ses pieds. J'aimais bien m'asseoir par terre sur le gros tapis persan, surtout quand il me prenait par les épaules et me massait délicatement la nuque. Je lui faisais la lecture jusqu’au coucher afin de parfaire l'enseignement qu'il m'avait donné.
Je m'amusais bien avec lui, on avait souvent des crises de fou rire, surtout lorsqu’il répliquait à sa mère ou qu’il m’apprenait à monter à cheval. Ce n'était pas évident avec ma longue robe et il n'était pas rare quand je descendais de Nuage de prendre mon pied dans le bas de ma robe et de m'étaler. Au bout de cinq jours, je montais parfaitement en amazone, mais ce n’était pas pratique pour faire la course avec lui. Il gagnait toujours, alors je lui ai demandé de m’apprendre à monter comme lui. Ce n'était pas beaucoup plus compliqué de mettre une jambe de chaque côté du cheval et en plus, je pouvais me cramponner plus facilement donc moins de chance de tomber pendant un galop. Le seul ennui, c'est que je devais remonter ma robe assez haut et je ne savais pas me hisser en même temps alors Philippe m'aidait. Je crois que ça lui plaisait de voir mes jambes car il prenait toujours tout son temps et parfois sa main dérapait et atterrissait sur mon mollet ou à de rares occasions, sur ma cuisse et moi, ça m’embarrassait mais en même temps, des frissons me parcouraient et me procuraient une sensation plaisante.

Quand il a commencé à suivre ses cours, ma routine était toujours la même sauf que le précepteur venait et s’occupait de Philippe tout l’après-midi. Souvent, je pouvais l’observer par la fenêtre de ma chambre car elle donnait sur les prairies derrière et c'est là qu’il s’entraînait au maniement des armes.
J'aurais bien voulu être à sa place pour apprendre à manier l'épée. Parfois, il sentait que je l'observais, alors il se tournait vers moi et me saluait galamment. Il levait son épée pour me montrer que c’était à moi qu’il s’adressait et puis me faisait une petite révérence.
J’adorais le regarder surtout quand il était trempé de sueur et que sa chemise lui collait au torse, même de loin je pouvais imaginer sa large poitrine et je savais que lorsqu’il aurait fini, je pourrais lui préparer son bain.
De temps à autre, ils partaient en ville tous les deux pour que le précepteur lui montre des choses plus concrètes. Ils allaient à la Cour et parfois son professeur l'emmenait s’exercer à l'épée avec des gardes royaux. D’après ce qu’il me racontait, il arrivait à tenir tête aux plus doués des gardes et les battait sans problème.
Quand Philippe n'était pas là, je me sentais terriblement seule alors je m'installais à son secrétaire dans la salle d’étude pour retrouver la compagnie des livres et rêvasser un peu.

Un jour que mon ami était parti à Paris, j’étais tranquillement assise sur le fauteuil dans lequel Philippe aimait se reposer le soir, un magnifique fauteuil recouvert de soie grise parsemée de petites fleurs blanches, en train de lire une pièce de Molière quand la porte s’est ouverte brusquement. Madame la Comtesse se tenait devant moi l'air menaçant.
«  Depuis quand les domestiques se permettent-ils de s'asseoir à la place de mon fils ?
-    Justement, c'est votre fils... »
Je n’ai même pas eu le temps de finir ma phrase qu’elle répliquait déjà.
-    Petite impertinente, sors d’ici immédiatement. En plus, ce serait étonnant qu'une fille de ton espèce sache lire.
-    Premièrement, je ne sortirai pas d'ici car j'y suis avec l’autorisation de votre fils et deuxièmement,  je lis peut-être mieux que vous !
Elle me gifla si fort que j’en perdis presque l’équilibre. Ma joue me brûlait tellement que je devais avoir la marque de sa main sur mon visage.
-    Tu vas me le payer, sale effrontée ! Je te supporte depuis trop longtemps. Je savais que je n’aurais pas dû accepter les caprices de Philippe et j’aurais dû te renvoyer dès que tu es arrivée dans cette maison. »
Elle sortit précipitamment en criant après Raphaël.
Quelques minutes plus tard, ils sont revenus tous les deux. Je savais que ça sentait le roussi pour moi car Raphaël était une sorte de bourreau personnel pour Madame la Comtesse. C’est lui qui administrait les punitions corporelles vu la carrure qu’il avait et pourtant il était très gentil et n'aurait pas fait de mal à une mouche. Comme quoi les apparences sont parfois trompeuses. Les autres domestiques m'avaient dit qu’il n’obéissait que très rarement à la comtesse. Catherine m’avait même expliqué que lorsque la comtesse punissait quelqu’un, elle donnait ses ordres à Raphaël et puis elle partait, mais je ne sais pas pourquoi j’étais persuadée que dans mon cas elle ferait une exception et assisterait au supplice pour satisfaire son plaisir.
«  Attrape-moi cette gamine et emmène-la dans l’écurie pour lui donner 20 coups de fouet ! Ça lui remettra les idées en place et elle saura à l’avenir apprendre à tenir sa langue devant moi » ordonna-t-elle.
Je n’ai pas eu le temps de me sauver qu’il m’a attrapée par la taille, m’a soulevée de terre comme si j'étais une plume et m’a balancée par-dessus son épaule. Je me suis débattue mais je ne voulais pas non plus blesser Raphaël. Arrivés à l’écurie, il a attaché mes poignets à la palissade du fond où pendaient deux grands anneaux de métal à l’aide de cordes. Je me débattais comme une sauvage. Je tirais tellement fort sur mes liens que la corde rentrait dans la chair de mes poignets.
Il m’a ensuite arraché le dos de ma robe. Malgré tout je voyais bien que ses gestes étaient assez lents, comme s’il attendait que la comtesse en ait marre et s’en aille. Mais elle se contentait d’attendre et elle commençait à s’impatienter.
«  Eh bien, tu comptes t’y mettre un jour ou je dois te faire remplacer ? » 
Il a ramassé le fouet tout simple en cuir avec une seule lanière qui était par terre à mes pieds et m’a lancé discrètement : «Je suis vraiment navré. »

Et il commença à me fouetter. Je sentais la lanière de cuir qui pénétrait ma chair. La douleur était tellement intense que les domestiques dans la cuisine devaient m’entendre crier. Les chevaux tapaient du sabot et commençaient à s’énerver.
La comtesse voyant que Raphaël retenait ses coups lui ordonna de frapper plus fort encore. Chaque coup était plus terrible que le précédent. Le sang dégoulinait le long de mon dos. Sur la fin, je ne sentais pratiquement plus la douleur tant les chairs étaient meurtries.
J'ai encaissé les 20 coups sans m'évanouir et sans pleurer, je ne voulais pas lui donner cette satisfaction, je voulais être sûre qu’elle ne gagnait pas tout à fait la partie. Mes hurlements, c’est tout ce qu’elle aurait de moi et uniquement parce que ça me permettait d’encaisser le coup suivant.
Avant de sortir, elle s’est approchée de moi et a attrapé mon menton entre son index et son pouce gantés. Elle m’a forcé à lever la tête vers elle alors que je tenais à peine debout.
« La prochaine fois que tu me manques de respect, je te fais exécuter sale petite catin. »
Elle avait un énorme sourire de satisfaction en quittant les lieux. Ensuite, je me suis écroulée. J'avais beau lutter pour rester debout, il n'y avait plus rien à faire. Mes jambes refusaient de me porter. Je me balançais pendue par les bras sur la palissade. Puis tout est devenu noir autour de moi. Raphaël m'a détachée et m'a prise dans ses bras.
«  Je suis désolé Joriandre, je ne pouvais pas faire autrement, mais tu as été très courageuse. »
Il a demandé à Catherine où était ma chambre et elle l’a guidé à travers les couloirs jusqu'à mon antre.
« Et bien, je sens que nous allons avoir du spectacle ce soir quand le jeune maître va rentrer, dit-elle, il a l’air de tenir beaucoup à Jori. Tu as vu comme il la regarde toujours les yeux pleins d’amour. C’est tellement mignon. Alors je pense bien qu’il va en vouloir à mort à Madame sa Mère. »
Il m’a déposée sur le lit et est sorti. Catherine est alors partie chercher un linge pour nettoyer mes blessures. Elle a essayé de faire cela le plus délicatement possible mais la douleur était tellement forte que j’avais des soubresauts à chaque fois qu'elle me touchait.

J’étais dans les vapes depuis un bon moment quand Philippe est rentré. Lorsqu’il a vu que je ne l’attendais pas comme d'habitude derrière la vitre de la salle d'étude, il s'est dirigé vers l'écurie où il était certain de me trouver. Quand il s’est aperçu que je n’étais pas là non plus, il a commencé à s’inquiéter et est allé demander ce qui se passait à Pierre.
« Pierre ! Où est Joriandre ?
-    Vous êtes enfin revenu, Monsieur ! Raphaël m’a demandé de vous prévenir qu’il avait quelque chose de très important à vous dire. Je crois même que c’était au sujet de Jori. »
Philippe est donc parti à la recherche de Raphaël et l’a trouvé en train de parler avec Sophie qui se préparait à servir le repas du soir.
« Ah! Vous voilà enfin Monsieur le Comte ! Je voulais vous prévenir. J’ai dû allonger Joriandre sur son lit car elle était dans un piteux état. Catherine s’occupe d’elle.
-    Que s’est-il passé ? Elle est malade ? demanda Philippe inquiet.
-    Non Monsieur, c’est de ma faute et j’en suis vraiment désolé. Je vous prie de me pardonner. Je crois que votre mère n'a pas apprécié la manière dont Joriandre s’était installée dans votre bureau. Elles se sont disputées et ça a dégénéré. Elle m’a ordonné de lui donner 20 coups de fouet. Habituellement elle sort de la pièce après avoir dicté ses ordres mais pour votre amie elle a voulu rester pour profiter de sa douleur. Alors, je n'ai pas pu faire autrement. Je suis vraiment désolé mais j’ai été obligé, présentez encore mes excuses à Joriandre, Monsieur. Je pense que Madame la Comtesse ne supporte vraiment pas votre amie. »

Philippe est sorti de la cuisine en colère contre sa mère et s'est dirigé vers ma chambre. Tout le long du couloir, il n’arrêtait pas de murmurer : « je vais la tuer, je vais la tuer ». Il a ouvert la porte doucement et a passé sa tête pour voir comment j’allais. Catherine lui a fait signe d'entrer.
Il s'est approché et a fixé un moment mon dos meurtri. Puis il s’est agenouillé près de moi et a passé sa main dans mes cheveux. Je me suis réveillée lorsque j’ai senti ses doigts effleurer ma joue. Il a demandé  à Catherine quel genre de soins elle m’avait prodigués.
« Il faudrait une pommade ou quelque chose pour apaiser ses douleurs mais on n’a jamais eu besoin ici de ce genre de médicaments » lui dit-elle.
Philippe se leva d'un bond.
« Je reviens dans deux heures » nous lança-t-il et il sortit.

Il s’est dirigé vers la salle à manger pour chercher sa mère car il était certain de la trouver là. Et effectivement, sa mère et son père étaient attablés et Sophie était en train de leur servir le repas. Quand il est rentré dans la pièce, elle s’est levée de sa chaise pour accueillir son fils.
« Alors mon fils, comment s’est passée cette journée ? »
Il la fixa froidement dans les yeux sans lui répondre et la gifla si fort qu'elle tomba par terre. Son père se leva mais n’osa pas s’interposer.
«  Si jamais vous recommencez ce que vous avez fait aujourd'hui à Joriandre ou que vous touchez encore à un seul de ses cheveux, je vous jure que je vous tuerai de mes propres mains, lui dit-il les dents serrées par la colère.
Il ne lui a pas laissé le temps de répliquer et s’est dirigé vers les écuries. Il a sellé son cheval et est reparti en trombe pour Versailles.
Arrivé aux grilles du château, il a demandé à un des gardes d'aller chercher son oncle Hadrien.
Quelques minutes plus tard, il est arrivé en courant. Il se demandait ce qu'il y avait de grave pour qu’on le dérange pendant ses heures de service. Un soldat avait accepté de surveiller son poste pendant le temps qu’il faudrait. Philippe a expliqué toute l’histoire à son oncle et lui a demandé d'aller voir si le médecin personnel du roi pouvait lui donner quelque chose contre la douleur. Hadrien est donc parti à la recherche de l’homme en question et a promis à Philippe de lui apporter le médicament.

Pendant ce temps, j’attendais Philippe impatiemment. Je me sentais tellement seule malgré le fait que Catherine était à mes côtés. Et cette douleur lancinante n’améliorait pas mon état. Je me suis mise à pleurer, je voulais tant que Philippe se dépêche pour revenir près de moi.
Il n’a pas traîné, une heure plus tard il était de retour.
L’histoire de la gifle avait déjà fait le tour de la maison. Il s’est assis sur le lit à côté de moi et a suggéré à Catherine de prendre congé.
« Je suis désolé, mais je te jure que ça ne se reproduira plus jamais » m’a-t-il glissé à l'oreille tout en essuyant mes larmes. Il m’a caressé le visage un moment.
« Je voudrais te prendre dans mes bras pour atténuer ta peine, mais je risque de te faire mal. »
Le corset de ma robe était arraché jusqu’à la taille, il ne tenait plus que par les épaules et je lui ai demandé de me l'enlever complètement pour me sentir plus libre. Il a hésité un instant. Il avait l'air un peu gêné de dévoiler mon dos et mes épaules et surtout d’apercevoir ma poitrine. J’avais mis mes mains en face de mes seins mais son regard avait du mal de rester centré sur mon visage. La tâche finie, je me suis rallongée sur le ventre.
Il s’est assis par terre et m’a pris la main, son pouce caressait doucement ma paume.
« Je ne sais pas quoi faire Jori pour te prouver à quel point je suis désolé.
-    Ne t’inquiète pas. Je vais m’en remettre. Ce n’est pas de ta faute. »
J’ai passé ma main sur sa joue qui était un peu rugueuse, il n’avait pas eu le temps de se raser ce matin. Il a tourné la tête vers ma main et a embrassé la paume.
Une vingtaine de minutes plus tard, Hadrien frappait à la porte.
Il a remis à Philippe un petit pot rempli d'un onguent qui d'après le médecin était très efficace. C’était une sorte d’anesthésique local. La douleur ne disparaîtrait pas complètement tout de suite mais elle serait beaucoup plus supportable.
«  Il faut d’abord laver ses blessures avec de l’eau chaude et du savon. Tu veux que j'appelle Sophie ou Catherine pour qu'elle s’en charge ? demanda Hadrien.
-    Je préfère le faire moi-même, demande juste à Catherine de m’apporter un linge propre, de l’eau chaude et du savon» répondit-il.
Et Hadrien sortit de ma chambre.
Catherine a apporté le matériel et Philippe s’est attelé à la tâche. Il a trempé le linge dans l’eau chaude, avant de le passer sur le savon. Puis il a commencé à tamponner mes plaies. La douleur était atroce, tellement forte que mes larmes se sont remises à couler toutes seules.
« Je suis vraiment navré Jori mais il faut nettoyer correctement tes blessures. » Il s’est ensuite installé sur les genoux pour être à ma hauteur. Il a plongé ses doigts dans le pot et a commencé à m’en badigeonner le dos. Il osait à peine appuyer de peur de me faire mal. Ce produit était un vrai miracle, d’abord je ressentais une sensation très douloureuse de brûlure, j’avais d’ailleurs mis un morceau de mon drap en bouche pour m’empêcher de crier mais ensuite, on aurait dit que mon dos s’endormait. Et ça me faisait un bien fou de ne pratiquement plus ressentir cette douleur lancinante.
Pour essayer de me faire oublier l’incident, il m’a parlé de ses activités de la journée et même de la gifle qu’il avait donnée à sa mère. J'imaginais bien Madame la Comtesse tomber par terre après avoir reçu une claque monumentale. Et nous nous sommes mis à rire tous les deux.
J’étais tellement épuisée que sa voix a fini par m’endormir et quand je me suis réveillée à l’aube le lendemain matin, il était allongé sur le côté collé à moi. J’étais sur mon ventre et il avait glissé une de ses jambes entre les miennes. Il était complètement habillé et sa main était posée dans le bas de mon dos, là où il n’y avait pas de blessure, à la limite supérieure de mes fesses. Il était tellement pressé contre ma hanche que je sentais quelque chose de dur dans son pantalon. J’ai tourné la tête pour le regarder. Il était si beau, si paisible quand il dormait. J’aurais pu le regarder pendant des heures. J’avais envie de poser mes mains sur son visage, de caresser cette barbe naissante qui lui allait à merveille, de caresser ses cheveux qui avaient l’air si doux au toucher. J’étais tellement attirée par ses beaux cheveux noirs qui reposaient sur son épaule que je n’ai pas pu m’empêcher de les toucher.
Il a ouvert les yeux et m’a jeté un regard plein de compassion.
« Tu te sens mieux Jori ?
-    J’ai très mal au dos mais je survivrai. »
J’ai continué à lui caresser les cheveux.
Il ne disait rien et semblait apprécier. Puis tout à coup il s’est levé d’un bond.
« Je n’aurais pas dû m’endormir avec toi, je ne voudrais pas que les autres domestiques pensent que j’ai entaché ton honneur surtout s’ils me voient sortir de ta chambre dans cet état. » Il jeta un coup d’œil à son entrejambe.
Sur le coup, j’étais encore dans la brume de ma nuit, et je n’ai pas compris tout de suite de quoi il parlait.
Je me suis levée pour l’accompagner mais j’avais oublié que ma robe était rabattue jusqu’à ma taille et que j’étais à seins nus. Il a écarquillé les yeux en regardant le spectacle que je lui offrais. Je me suis rendue compte de ce qu’il regardait et j’ai recouvert ma poitrine avec mes mains. Puis je me suis approchée de lui toute rougissante et je l’ai embrassé sur la joue.
« Merci Philippe d’avoir veillé sur moi. »

Pendant quatre jours, je me suis promenée avec mon corset à peine lacé car le fait d‘être resserrée dans ma robe me faisait souffrir. C’est Catherine qui me passait l’onguent sur le dos quand Philippe n’était pas là.
Je ne sais pas si c’était à cause de la gifle mais Madame la Comtesse m’évitait le plus souvent possible. Et je n’allais certainement pas m’en plaindre.

L’hiver prenait fin et j’allais bientôt fêter mes quinze ans. Le matin du 23 mars, Philippe est entré précipitamment dans ma chambre sans frapper. J’étais en train de m’habiller et il reclaqua aussitôt la porte en balbutiant un vague « je m'excuse ». Il avait l'air troublé d’avoir aperçu le haut de mes cuisses.
Quand je suis enfin sortie de ma chambre, il m'a prise par la main et m'a emmenée dans son bureau. Il m’a dit de m’asseoir sur le fauteuil et de fermer les yeux. Il est revenu deux minutes plus tard et m’a permis de les rouvrir. Il me tendait un petit écrin de velours bleu.
«  Joyeux anniversaire Jori ! »
 J’ai pris l’écrin, je l’ai posé sur le bureau pour pouvoir lui sauter au cou et j'ai déposé un baiser sur sa joue fraîchement rasée. J’ai failli tomber à la renverse quand j’ai vu ce que contenait l'écrin: un splendide collier très fin en or et surmonté de plusieurs rubis.
C’était la première fois que je tenais dans mes mains un objet qui devait valoir une vraie fortune. Je l’ai bien rangé dans ma chambre en espérant que la Comtesse ne tomberait jamais dessus, sinon ça allait encore être la guerre. Ensuite nous sommes descendus à la cuisine où m’attendaient tous mes autres amis. Ils m’ont offert un superbe bouquet de fleurs des champs. C’est Raphaël qui me l’a donné. A part quelques cicatrices encore toutes fraîches dans le dos, c’est tout ce qu’il restait de l’incident avec le fouet.

Après ces réjouissances avec mes nouveaux amis, Philippe m’a entraînée vers l’écurie. Il m’a bandé les yeux avec un morceau de satin bleu foncé, m’a soulevée du sol pour m’installer sur le dos d’un cheval et est monté derrière moi. Je l’ai questionné pour savoir où nous allions mais il n’a pas voulu répondre. Il m’a juste dit que c’était une surprise. Je sentais son souffle sur l’arrière de ma tête. Il m’a parlé de ses cours, d’une de ses visites à Versailles, il meublait le temps comme il pouvait. Il voulait à tout prix attirer mon attention sur autre chose que sur ce qui m’entourait car j’essayais malgré tout de savoir où il m’emmenait.
Nous nous sommes finalement arrêtés et il m’a aidée à descendre. Puis il m’a conduite par la main dans un endroit silencieux. Je me demandais où je pouvais être. J’entendais vaguement le bruit de la rue, mais je n’aurais pas su dire où je me trouvais. Il est venu se mettre derrière moi et a pris le bout du foulard entre ses doigts.
« Alors, prête Jori ? Je compte jusqu’à trois. Un, deux, trois… »
Et il m’a enlevé le foulard.
Ta daaaaa !!
Dix personnes se sont mises à hurler : « Joyeux anniversaire Joriandre ! »
J’étais dans la maison de mon père et tout le monde était réuni pour me faire la fête. Mon père, tous mes frères et sœurs et mon meilleur ami. Philippe avait organisé une petite fiesta, il avait tout préparé avec mes sœurs. Il avait apporté de la nourriture et de quoi bien boire. C’était Noël pour eux (bien que grâce à l’argent que j’envoyais, ils n’avaient plus de soucis pour se nourrir).
Emilie m’avait tressé un collier avec des fleurs et c’est ma petite Jeanne qui me l’a offert. Je l’ai prise dans mes bras et l’ai cajolée un peu. Elle riait en montrant ses belles petites dents (elle n’avait que trois ans). Nous avons passé environ deux heures auprès d’eux, ils avaient tous quelques histoires à me raconter, malheureusement le bon temps passe toujours vite et nous avons dû reprendre la route.

J’ai passé tout le reste de l’après-midi aux côtés de Philippe car il avait décommandé ses cours. Il avait inventé à son précepteur qu’il devait résoudre un problème familial très grave et assez urgent. Pour une fois, je l’avais pour moi toute seule et en plus, le soleil était au rendez-vous. C’était si bon de sentir sa chaleur sur mon visage pendant que nous nous promenions dans les prairies qui entouraient sa demeure. Nous avons joué comme deux gamins. Philippe essayait de m'attraper et je devais tout faire pour lui échapper. De temps en temps, c’est bon de s’amuser et de ne penser à rien. A un moment, nous nous sommes laissés tomber tous les deux dans l’herbe. Je me suis rapprochée de lui. Il était allongé sur le dos, les yeux fermés et le visage inondé par le soleil. Il avait un pantalon noir et une chemise qui était autrefois blanche et qui maintenant était maculée de taches d’herbe. Sa chemise était ouverte jusqu’à la moitié de son torse. Je mourais d’envie de passer ma main entre le tissu et sa peau qui avait l’air si douce.
« Non mais ça ne va pas Joriandre ? » Qu’est-ce qui me prenait d’avoir ce genre de pensées ? Par contre, je me suis approchée de sa joue et je l’ai embrassée. Il a ouvert les yeux d’un air étonné.
« Merci pour tout, Philippe. C’est le plus bel anniversaire que j’ai jamais eu. 
-    Si j’ai droit à ce genre de remerciements, je crois que je vais t’organiser des fêtes tous les jours, m’a-t-il répondu avec un sourire taquin au coin des lèvres.

Après s’être reposés un peu,  j’ai cueilli les premières fleurs du printemps pour décorer nos deux chambres et y apporter une petite touche colorée.
Il m’a aussi confié que pour la première fois de sa vie, il était vraiment heureux. Heureux de m’avoir à ses côtés. Je mettais un peu de joie et de couleur dans sa vie. Et il souhaitait que ça ne s’arrête jamais.